Jan Martens / The dog days are over / Un régime diaboliquement amaigrissant

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.Photos Piet Goethals
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Jan Martens:

Un régime diaboliquement amaigrissant

 

Jan Martens serait-il devenu une émule de l'italien Alessandro Sciarroni ? Souvenez-vous de FOLK-S will you still love me tomorrow ? présenté entre autres au Carré Silvia Montfort et au Centquatre à Paris en novembre dernier. Durant approximativement une heure, les danseurs effectuaient les mêmes pas sautillants d'une jambe sur l'autre tout en se frappant alternativement la cuisse, le genou, la cheville ou la chaussure du côté opposé et ce, jusqu'à l'épuisement total... Il semblerait que Jan Martens ait utilisé le même processus dans sa dernière œuvre créée il y a tout juste un an à Amsterdam, The dog days are over, explorant les limites de l'endurance de ses danseurs en répétant sa proposition et en la déclinant jusqu'à leur épuisement.

Ils sont huit, en ligne, au fond de la salle. Alignées également au milieu du plateau, leurs chaussures contenant chacune une paire de chaussettes. Ils s'avancent lentement et se mettent en devoir de les enfiler. Puis, tout en fixant les spectateurs, les six danseuses et deux danseurs entament, dans un ensemble parfait, un ballet sautillé sur place, toujours en ligne face aux spectateurs. Peu à peu, les genoux ploient, les bras montent en rythme à l'horizontale comme pour donner de l'élan puis retombent. Lent au départ mais tout en souplesse, ce sautillement, dont l'amplitude augmente progressivement, se stabilise lorsque les pieds décollent du sol. Une danse hypnotisante pour les uns, lassante pour les autres qui va se prolonger quasiment sur le même rythme durant 70 minutes... Bien sûr, ils ne vont pas rester en ligne durant le spectacle mais vont tracer des figures géométriques telles que cercle ou croix, carrés ou triangles, tout cela semblant automatisé comme s'il s'agissait de robots. 70 minutes, c'est long, très long et, même s'il ne s'agit que d'un sautillement ou de sauts sur place, le souffle se fait bien vite court et la sueur commence à perler puis ruisseler sur les visages et les poitrines. Une performance géométrique et mécanique qui pourrait paraître longue aux spectateurs s'il n'y avait pas quelques changements de lumière, de rupture du silence par quelques passages d'une Suite pour deux guitares de Bach venant à point pour briser la monotonie. Mais ce qui tient effectivement en haleine le public, c'est la performance, sa curiosité de voir combien de temps encore les danseurs vont bien pouvoir tenir sans s'écrouler d'épuisement, tout comme les gladiateurs dans l'arène autrefois. Car la douleur se lit maintenant sur leur visage, leur souffle se fait très court, haletant. Il n'y en aura finalement qu'une seule qui abandonnera, épuisée au bout de trois quarts d'heure, pour se jeter exténuée et haletante sur le côté du plateau.

The dog days are over est une œuvre cruelle qui cherche à révéler l’Homme qui se cache derrière le danseur. Elle a pour point de départ une pensée du photographe américain Philippe Halsman qui avait dit en 1958 : "Lorsque vous demandez à une personne de sauter, son attention est principalement dirigée vers la réalisation du saut, et le masque tombe pour faire apparaitre sa véritable identité." Et c'est vrai, quand on saute et que l'on fait un effort, on ne peut plus poser. En outre, si l'on fixe son attention sur la chorégraphie, on se rend compte de son extrême complexité, exigeant de l'interprète une attention intense durant toute son exécution, à laquelle s'ajoute un effort physique aussi intense et tout aussi soutenu. Fascinant.

J.M. Gourreau

 

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The dog days are over / Jan Martens, Maison des arts de Créteil, du 26 au 28 avril 2015, dans le cadre de la 18ème biennale de danse du Val-de-Marne et du festival « Exit » de Créteil.

 

Jan Martens / The dog days are over / Créteil / Mars 2015

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