Jan Martens / Victor / Une bien belle amitié

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Photos Phile Deprez

Jan Martens :

Une bien belle démonstration d'amitié

 

Honni soit qui mal y pense : il est vrai que lorsqu'un jeune garçon d'une douzaine d'années danse avec un adulte deux fois plus âgé que lui et que tous deux semblent nager dans le bonheur le plus parfait, on pourrait émettre des doutes quant à la moralité de ce dernier. Eh bien, détrompons-nous, il y a des cas où il faut très vite chasser les mauvaises idées qui peuvent venir à l'esprit pour se laisser aller à apprécier et goûter les sentiments qui sourdent de leur dialogue et qui ne sont que pure amitié fraternelle pour l'un, admiration et reconnaissance pour l'autre, celui qui détient la connaissance. Car ces deux êtres ne se comportent et n'agissent finalement que comme s'ils n'étaient qu'un grand frère et son cadet. C'est en tous cas l'impression princeps qui se dégage du duo Viktor Caudron et Steven Michel dans leur interprétation de Victor, une pièce dansée de l'écrivain Peter Seynaeve et du chorégraphe belge Jan Martens. Une œuvre d'une profondeur incommensurable, exécutée tantôt sur des chants polyphoniques d'une musique tirée de la liturgie slavo-byzantine par l'ensemble Gospodi, tantôt dans le silence, ce qui la rend d'ailleurs infiniment plus poignante.

Au début de la pièce, la rencontre de l'enfant et de l'adolescent est d'un naturel empreint d'une profonde humanité, dans une complicité et un respect mutuel touchants. Une amitié pure, vraie, indéfectible semble les unir, impression renforcée par le frémissement de leur peau et de leurs muscles qui expriment davantage leurs émotions que leurs expressions, surtout chez Viktor Caudron qui, peut-être, a plus de mal à surmonter ses sentiments que son aîné. On sent immédiatement sourdre chez ce dernier cette recherche d'écoute, alors que Steven Michel ne semble quant à lui se complaire que du besoin quasi-maternel de protéger et de transmettre ses connaissances à son cadet. Toute la pièce se déroulera dans un climat de complicité, voire d'entraide très émouvant. Si Viktor s'enroule à plusieurs reprises autour du corps de Steven, c'est peut-être par jeu mais aussi et surtout parce qu'il trouve en son compagnon le refuge qui lui faisait sans doute jusqu'à présent défaut. Et c'est l'innocence et la délicatesse de leurs jeux, le naturel avec lequel ces deux êtres diamétralement opposés se comportent, s'étreignent et se réconfortent mutuellement dans la sérénité qui touche, leur émotion transpirant par tous les pores de leur peau. Peut-être tout simplement parce que l'on envie leur bonheur.

J.M. Gourreau

Victor / Jan Martens et Peter Seynaeve, Théâtre de la Bastille, du 7 au 10 février 2015.

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P.S. : Pieter Ampe et Guilherme Garrido sont de retour avec leur hilarant mais non moins osé spectacle, Still standing you. A voir dans la foulée dans la grande salle de ce même théâtre. Cette fois, nos deux  zigotos sont allés un peu plus loin : petites culottes volent dans la salle et gros balourd à poil atterrit sur l'intelligentsia féminine du premier rang. Cf. critique de leur spectacle sur ce même site, à la date du 22 février 2013.

 

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