Jann Gallois / Samsara / Vers la libération du corps et de l'esprit

 

P1040455P1040421

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jann Gallois :

 

Vers la libération du corps et de l’esprit

 

P1040548On se souvient peut-être de Compact, un très (trop) bref duo avec Rafael Smadja que l’on avait entre autres pu voir à L’Etoile du Nord en 2016* : dans cette œuvre, la chorégraphe  se questionnait déjà sur les principes fondamentaux de la vie en communion (avec les autres) et sur le contact spirituel entre deux âmes. C’est à nouveau ce même thème mâtiné de philosophie bouddhiste que l’on retrouve dans Samsara, créé à Chaillot - Théâtre National de la Danse en novembre 2019. Selon Bouddha, le Samsara est le cycle des réincarnations conditionné par le karma**. Dans ce cycle sont embarqués tous les êtres, attachés aux biens matériels et aux nourritures terrestres, qui se complaisent dans leurs habitudes, qui ne parviennent pas à se libérer de leurs désirs égocentriques… et qui, par conséquent, ne sont pas parvenus à atteindre le nirvâna, cet état d’éveil libératoire caractérisé par l’acquisition du savoir, l’indépendance et la disparition de la souffrance. Selon Bouddha en effet, tous les êtres vivants font l’expérience, sans liberté de choix, vie après vie, du cycle récurrent de la naissance, du vieillissement, de la maladie et de la mort.

P1040416P1040511

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A l’origine donc, les contraintes du corps qui nous lient les uns aux autres, qui nous enchaînent, et dont il va falloir à tout prix se libérer pour accéder à une vie meilleure. Sur scène, sept hommes et femmes aux corps intriqués, enchevêtrés, enchaînés les uns aux autres, à leur destinée, dans un cycle infernal récurrent sans commencement ni fin, dans un monde de lutte et de souffrance. Sont-ils satisfaits de leur sort ? La machine semble tellement bien huilée que nul ne saurait le dire. Cycle qui va toutefois s’ébrécher puis se briser pour finir par se reconstituer et se poursuivre dans un nouveau cycle vital plus infernal que le précédent. Au cours de leurs tentatives et transformations, seul le karma de ces êtres survivra. Leur gestuelle est simple, sobre, naturelle, signifiante, sans ambages, illustrant bien le propos de la chorégraphe, elle-même imprégnée, voire convertie au bouddhisme. Son langage est original, contemporain mâtiné de hip-hop, auréolé d’une musique électro irréelle de Charles Amblard, composée au fur et à mesure de la création de l’œuvre. La scénographie est, elle aussi, simple mais insolite, les danseurs évoluant enchaînés, liés les uns aux autres comme des pantins durant la quasi-totalité du spectacle. Ils finiront par s’envoler, toujours enlacés, dans les cintres vers le nirvana, après avoir quitté ce monde d’illusion (maya), de souffrance et d’ignorance (avidya), par le truchement d’une étrange soucoupe-aéronef du plus bel effet. Les corps autant que les âmes ayant fini par lâcher prise, la pièce se terminera dans la délivrance, la sérénité et l’harmonie.

P1040526P1040480

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos J.M. Gourreau

Curieusement, c’est après avoir fait dix ans de musique au conservatoire de Paris - elle joue  en effet du violon, du piano, du cor et du basson - que Jann Gallois découvre la danse au travers du hip-hop : c’est le coup de foudre immédiat: la liberté de ces artistes, leur exubérance, leur joie de s’exprimer par la danse la conquiert. Elle s’y lance à corps perdu, en autodidacte, au grand dam de ses parents tous deux musiciens. Sa destinée désormais toute tracée lui sied comme un gant. La danse, expression pure de l’âme, lui permet d’exprimer ce qui lui tenait à cœur. « La crise que nous vivons n’est pas simplement économique et financière, mais aussi philosophique et spirituelle, dit-elle. Elle renvoie à des interrogations universelles : qu’est-ce qui rend l’être humain heureux ? Qu’est-ce qui peut être considéré comme un véritable progrès ? Quelles sont les conditions d’une vie sociale harmonieuse ? Ce sont toutes ces questions qui me traversent et qui génèrent en moi l’envie d’exprimer et de partager cette réflexion à travers des corps en mouvement, car le corps, lui ne ment jamais ». Elle crée sa compagnie « BurnOut » en 2012. Samsara est sa 7è chorégraphie parmi lesquelles P=mg, un solo qui sera récompensé par 9 prix internationaux...

J.M. Gourreau

Samsara / Jann Gallois, Théâtre de Châtillon, 25 mai 2021.

* cf. au 23 novembre 2016, Un corps à corps fascinant, dans ces mêmes colonnes.

** Principe de l'hindouisme qui veut que la vie des hommes dépende de leurs actes et vies passés

 

Jann Gallois / Samsara / Théâtre de Châtillon / Mai 2021

Ajouter un commentaire