Jean-Christophe Maillot / Casse-Noisette Compagnie / Un merveilleux cadeau de Noël

Photo Alice Blangero


Photos Angela Sterli

 

Jean-Christophe Maillot :

 

Un merveilleux cadeau de Noël

 

Casse-Noisette : y a t'il cadeau plus merveilleux qu'un chorégraphe puisse faire à son public pour les fêtes de Noël ? Depuis sa création en décembre 1892 sur la scène du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, ce ballet n'a cessé de faire rêver les petits comme les grands, à l'instar de Jean-Christophe Maillot d'ailleurs, puisqu'il en accomplit aujourd'hui une troisième relecture : sa première version date en effet de 1992 alors qu'il dirigeait le Centre Chorégraphique National de Tours ; sa seconde fut créée sept ans plus tard, précisément à Monaco, à l'occasion du jubilé de S.A.S. le Prince Rainier III. En fait, si  l'acte I de cette troisième adaptation de Casse-Noisette se réfère au conte merveilleux né de l'imagination débridée d'Hoffman (et repris ultérieurement par Alexandre Dumas qui en a tiré l'argument des versions actuelles), il n'en est plus rien du second acte, superbe patchwork composé d'extraits de diverses œuvres du répertoire de la compagnie, Cendrillon, La Belle au bois dormant, Le songe et Roméo et Juliette entre autres. Rien d'étonnant à la réflexion car, si l'on fête en ce moment Noël, l'année 2013 célèbre aussi le vingtième anniversaire de la nomination de Jean-Christophe Maillot à la tête des Ballets de Monte-Carlo, une compagnie comportant actuellement cinquante danseurs qu'il a hissés au plus haut niveau et auxquels il a conféré une réputation internationale d'excellence... De quoi rendre jaloux la troupe de ballet de l'Opéra de Paris ! Lui-même, d'ailleurs, est sans doute le chorégraphe d'obédience classique le plus connu de par le monde aujourd'hui...

Cette nouvelle version de Casse-Noisette s'avère donc atypique. Pas totalement cependant car si, dans l'argument original d'Hoffmann mis en musique par Tchaïkovski et en entrechats par Ivanov, (Petipa, malade, ayant dû en confier la réalisation à son assistant), Clara voyait son rêve se concrétiser, ce Casse-Noisette Compagnie narre en quelque sorte la prodigieuse aventure de Jean-Christophe depuis son arrivée à Monaco en 1993. C'est donc un vibrant hommage qu'il rend à la princesse Caroline qui lui avait accordé sa confiance en le nommant à la tête de cette prestigieuse troupe de ballet.

Ce n'est certes rien de dire que ce nouveau Casse-Noisette s'avère une véritable féérie, dans sa seconde partie surtout. Retrouvant son âme d'enfant, le chorégraphe, malicieux en diable, a dû prendre un réel plaisir en l'ébauchant puis en l'affinant. Nous sommes au lendemain de Noël, dans un petit cirque ambulant. La petite Clara, fatiguée, s'est endormie et rêve devant le théâtre miniature reçu en cadeau la veille. Un rêve merveilleux puisqu'elle se voit vaincre tous les écueils pour accéder au rang suprême auquel rêvent toutes les petites filles, celui d'étoile. Dans le studio du théâtre, les danseurs répètent. Comme elle voudrait se trouver avec eux, d'autant que l'un d'eux, au nom prédestiné de Charmant, semble tout particulièrement s'intéresser à elle ! On imagine aisément la suite... Un voyage aussi merveilleux que fantasmagorique au sein des contes de notre enfance... et des œuvres les plus marquantes du chorégraphe, orchestré de la plus heureuse façon par la fée Drosselmeyer.

Comme à l'habitude, Jean-Christophe Maillot a su s'entourer de deux artistes dont la réputation n'est plus à faire, un scénographe-décorateur, Alain Lagarde, et un costumier, Philippe Guillotel, avec lequel il collabore d'ailleurs depuis plusieurs années. Ce qui émane en premier lieu de ce Casse-Noisette accompagné par l'orchestre philharmonique de Monaco dirigé de main de maître par Nicolas Brochot, c'est d'abord une sensation de joie, de jeunesse et d'entrain, une sorte de frénésie irrépressible qui anime les personnages mais, aussi, une ineffable impression d'espièglerie, si bien qu'à certains moments l'on se croirait en pleine Commedia dell'arte. Tout se déroule sur un rythme endiablé qui ne ménage pas les danseurs. Sur le plan chorégraphique, les allusions à Balanchine et à sa "Sérénade" raviront les aficionados du clacissisme, autant d"ailleurs que les variations difficultueuses plus belles et plus étonnantes les unes que les autres, lesquelles mettent en valeur le talent et la technicité de ses interprètes, Bernice Coppieters en tête. Ce Casse-Noisette qui, en fait, reprend quelques unes des variations les plus prégnantes des ballets créés par Jean-Christophe durant les vingt dernières années, est parsemé de trouvailles et de clins d'œil d'une originalité et d'une drôlerie irrésistibles, telle la variation des deux sœurs de Cendrillon, pour ne prendre que ce seul exemple. Bref, une fantasmagorie aux allures de fête qui se terminera d'ailleurs comme telle en apothéose sous un déluge de confettis et de serpentins dans une salle en délire.

Il est bien regrettable que les grandes scènes parisiennes n'aient trouvé l'opportunité de présenter à leur public de tels chefs d'œuvre que les plus grands théâtres du monde entier se disputent...  Et ce, d'autant que les compagnies de danse classique dignes de ce nom se comptent aujourd'hui sur les doigts de la main. Lorsque le Bolchoï ou le Kirov se produisent en France, ils font salle comble. Pourquoi en serait-il autrement d'une troupe tout aussi aguerrie, sinon davantage qui, de plus, est dirigée par un chorégraphe français, lequel fut contraint de s'exiler à Monaco pour exercer pleinement son art* ?

J.M. Gourreau

Casse-Noisette compagnie / Jean-Christophe Maillot et Les Ballets de Monte-Carlo, Grimaldi forum de Monaco, du 26 décembre 2013 au 5 janvier 2014.

Photo Angela Sterli

* Tout espoir n'est cependant pas perdu puisque le Palais de Chaillot programme du 5 au 13 juin prochain à Paris cette prodigieuse compagnie dans sa version du Lac des cygnes...

Jean-Christophe Maillot / Casse-Noisette Compagnie / Grimaldi Forum Monaco / Déc. 2013-Janv. 2014

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