Jean-Christophe Maillot / La mégère apprivoisée / Un enchantement

 

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  Photos Alice Blangero

 

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Jean-Christophe Maillot :

Un enchantement

 

C'est la première fois depuis une vingtaine d'années que Jean-Christophe Maillot accepte de créer un ballet pour une compagnie autre que la sienne, et c’est sans doute la plus belle œuvre qu'il ait jamais réalisée : La mégère apprivoisée est en effet un petit bijou comme lui seul en a le secret. Si c'est la Russie qui eut les honneurs de la Première le 4 juillet dernier, il était logique que ce magnifique ballet puisse être vu à Monaco. C'est un superbe cadeau de Noël qu'il offre aux monégasques à la veille de « l’année de la Russie à Monaco » : ce n'est en effet que la seconde fois que le Ballet du Théâtre Bolchoï de Moscou se produit sur la scène du Grimaldi Forum, la précédente datant de 2006, année au cours de laquelle il avait présenté La Bayadère.

La mégère apprivoisée est une des premières comédies de Shakespeare qui nous conte l'histoire de Baptista, un riche citoyen de Padoue qui prend la décision de ne marier sa fille cadette, très courtisée, que lorsque son aînée, Katharina, convolera en justes noces. Mais il y a un obstacle de taille : l’aînée est une insoumise, bavarde et provocatrice, prenant un malin plaisir à éconduire ses prétendants… jusqu’à ce que le rusé Petruchio parvienne à dompter son tempérament de feu. Alors, pour la première fois, Katharina se retrouve face à un adversaire à sa (dé)mesure… Une truculente histoire d’amour mais, aussi, de manipulation et de ruse. Jean-Christophe Maillot n’a pas, en fait, totalement repris cet argument, en particulier l’idée de mater une femme rebelle mais il a plutôt cherché à mettre en évidence les deux faces du Janus que sont les personnages principaux de l'œuvre, deux êtres que tout semble séparer mais qui, en réalité, sont faits pour vivre ensemble, en l'occurrence Katharina, sublimement interprétée par Kristina Kretova, et Petruchio, par Denis Savin, dans la version qu'il m'a été donné de voir. L'œuvre, axée sur des pas de deux est, par moments toutefois, un peu difficile à lire, du fait de l'interférence des trois autres couples (dont celui formé par Grémio et la Gouvernante, totalement inventé) avec les personnages centraux, parfois d'ailleurs démultipliés par le corps de ballet. Mais ce qui est remarquable est que tous sont parvenus à exprimer leurs sentiments - et en particulier leur face cachée - avec une force et une expressivité peu communes, malgré les difficultés techniques dont la chorégraphie, impétueuse et périlleuse, est truffée. Le plus fascinant peut-être est de voir comment le chorégraphe est parvenu à mettre en avant cette impossible quête de l'autre, les trésors d'imagination et de roublardise que Petruchio a dû déployer pour arriver à ses fins.

Il n'aura fallu à Jean-Christophe Maillot pas moins de quatre mois pour parvenir à un tel résultat qui donna lieu à un triomphe, tant à Moscou qu'à Monte-Carlo. La psychologie de chacun des personnages est étudiée avec minutie et finesse, jusque dans les moindres détails, tant et si bien que les émotions qui les étreignent rejaillissent intensément sur le public en le bouleversant. Le ballet est en outre servi par un puzzle musical concocté par le chorégraphe lui même, composé d'extraits de musiques de Dimitri Chostakovitch, entre autres de la 7ème symphonie dite Léningrad, de la Suite pour orchestre de jazz Cheryomuschki, de la suite de concert d'Hamlet et du célèbre Tea for two de la comédie musicale No No Nanette, exécutées avec un brio et une fougue étonnantes par l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo dirigé par Igor Dronov.

Un mot enfin pour souligner la sobriété exemplaire des décors et de la scénographie d'Ernest Pignon-Ernest qui a imaginé un escalier courbe en deux parties symétriques aux lignes harmonieuses et épurées pouvant fusionner comme un couple dans l'amour, et six colonnes à base triangulaire ouvrant des échappées sur l'univers clos du château. Un ballet qui fera date dans l'univers de la danse.

J.M. Gourreau

La megere 01 photo alice blangeroLa mégère apprivoisée / Jean-Christophe Maillot, Ballet du théâtre Bolchoï, Grimaldi Forum, Monte-Carlo, du 19 au 21 décembre 2014.

Jean-Christophe Maillot ; La mégère apprivoisée ; Monte-Carlo ; Décembre 2014

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