Jérémie Bélingard / Parade for the End of the World / Parade pour la fin des temps

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Photos Jean Couturier

 

Jérémie Bélingard:

Parade pour la fin des temps

 

Les aficionados de Jérémie Bélingard, étoile du Ballet de l'Opéra National de Paris, auront sans doute été surpris par cette étonnante performance, menée de concert avec le compositeur-interprète japonais Keiichiro Shibuya et la vidéaste Justine Emard.  Parade for the End of the World est en effet une œuvre avant-gardiste, un  "ballet laboratoire" comme le qualifient ses auteurs, librement inspiré du célèbre ballet Parade de Cocteau-Satie-Picasso-Massine. Né de l’étroite collaboration entre ces trois artistes, ce spectacle, un "work in progress" en trois parties de 15 minutes, est amené à évoluer dans son essence au fil de l'actualité et des représentations par l'ajout ou la substitution de nouveaux  protagonistes, tant musiciens que danseurs. Le public quant à lui est invité à explorer et évaluer les relations entre l'Homme et la technologie moderne dans ce qu'elle a de plus révolutionnaire, technologie qui pourrait générer, pour chacun des trois auteurs, la fin du monde.

Parade for the End of the World résulte en fait de la juxtaposition étonnante mais heureuse de courtes propositions oniriques musicales, dansées et filmées en vidéo, éléments n'ayant à priori rien en commun si ce n'est leur référence à l'esprit dans lequel avait été élaboré Parade lors de sa création en 1917. A l’époque, la première représentation de cette œuvre déclencha en effet l'hostilité du public et de la critique, qui la catalogua comme un "outrag(e)" au goût français... La musique, dans laquelle intervenaient entre autres des machines à écrire, fut traitée de "bruit inadmissible" par les spectateurs les plus conservateurs. C'est d'ailleurs par la projection en gros plan de l'image d'une machine à écrire rétro de type Remington que débute ce nouveau spectacle qui verra rapidement arriver Jérémie Bélingard en redingote déchirée dans un vrombissement musical du plus bel effet... Aussi loufoque que cela puisse paraître, le danseur conserva, tout au long de la représentation, ses attitudes, sa noblesse et sa prestance, apanage des danseurs-étoile de l'Opéra de Paris. Un artiste plein d'allant et d'entrain, facétieux en diable, évoluant dans un univers fantasmagorique – sans doute le sien - au sein duquel, par moments, sa silhouette apparaissait sur le rideau du fond démultipliée, à l'image de certains personnages de José Montalvo. Une silhouette animée qui se fondait dans un décor hallucinatoire et qui se laissait envelopper par les flots du bruitage musical de Keiichiro Shibuya. Aussi étonnant que détonnant !...

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Il est vrai que Jérémie Bélingard s'était déjà commis avec bonheur dans plusieurs œuvres contemporaines, telles Caligula de Nicolas Le Riche (2005), Siddharta de Preljocaj (2010), Anatomie de la sensation (2011) et Wheeldon (2015) de Wayne McGregor ou, encore, Darkness is Hiding Black Horses de Saburo Teshigawara (2013), Salut de Pierre Rigal (2015), ainsi d'ailleurs en tant que chorégraphe de hip-hop dans Bye-bye Vénus en janvier 2011 au Théâtre Jean Vilar de Suresnes. Il avait également endossé un rôle d'acteur dans le film En moi de Laetitia Casta tourné au mois d'août dernier et présenté en première mondiale ce 19 mai en clôture de la semaine de la critique au Festival de Cannes. Tout cela révèle un danseur-chorégraphe accompli très éclectique dans ses entreprises et ses choix, parfaitement préparé à interpréter avec intelligence et bonheur tant les pièces du répertoire classique que celles du répertoire contemporain.

J.M. Gourreau

Parade for the End of the World / Jérémie Bélingard, Maison de la culture du Japon à Paris, 27 & 28 mai 2016.

 

Jérémie Bélingard / Parade for the End of the World / Maison de la Culture du Japon / Mai 2016

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