Jérôme Bel / Gala / Il faut de tout pour faire un monde

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Photos Herman Sorgeloos

 

Jérôme Bel :

Il faut de tout pour faire un monde

 

J'avais l'intuition, la quasi-certitude même d’aller voir un navet et de perdre ma soirée... Car, d'ordinaire, je n'apprécie guère les pièces de Jérôme Bel qui, pour moi, sont de l'anti-art. Mon intuition s'est confirmée ! L'idée de départ, pourtant, n'avait rien d'un "foutage de gueule", comme l'on dit en langage populaire ad hoc. Il s'agissait en fait de montrer que tout un chacun peut faire n'importe quoi, n'importe où, en l'occurrence, s'improviser danseur, quels que soient ses dons, ses aptitudes physiques, son tempérament, ses connaissances en la matière, sans être ni devenir un artiste pour autant. Ce qui n'est pas tout à fait vrai mais, passons... De là à en faire juge un public, il n'y avait qu'un pas. Que Jérôme Bel a allègrement franchi d'ailleurs... Et c'est là où le bât blesse. En effet, si l'idée peut sembler généreuse - ces gens de toutes obédiences étant sans doute fort heureux de se produire sur une scène qui plus est nationale, et pour d'aucuns, pour la première fois, révélant ainsi aux autres leur existence, voire leur talent - mêler un public à ce petit jeu relève d'une rare inconscience. Car, que vient chercher un spectateur qui, parfois, a fait un assez long trajet pour se rendre au théâtre après une dure journée de labeur ? Un divertissement qui puisse le délasser, lui changer les idées, l'enrichir intellectuellement.

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Photos Véronique Ellena

Or, que m'a t'il été donné de voir au cours de ce Gala ? Effectivement, de nombreux spectateurs qui riaient, parfois à gorge déployée, mais pour se moquer des maladresses, voire du malheur des autres, de ceux qui étaient sur scène et qui, pourtant, n'étaient pas des clowns bien qu'ils en aient souvent l'allure. Qu'y avait-il donc sur le plateau qui soit si risible ? Eh bien, une quinzaine de personnages qui auraient pu être n'importe qui, vous comme moi, des jeunes et même des très jeunes, des vieux, des petits, des grands, des gros, des maigres, des bien-portants et des infirmes... Or, demander à un infirme moteur en chaise roulante de jongler avec une baguette comme une majorette, à fortiori de lever une jambe ou d’exécuter un tour en l’air relève bien évidemment de l'utopie. Et si, pour d'aucuns, la réitération de leur maladresse peut prêter à rire, pour d'autres, cela engendre un sentiment de malaise, d’humiliation et de cruauté dû au manque de respect de son prochain. Et l'on bénit le ciel de ne pas être dans le même triste état. Mais, comme disait Albert Camus, on éprouve alors une sorte de honte d'avoir été mêlé à cette indignité. Même chose également lorsqu'on demande à un quidam qui n'a jamais mis les pieds dans une salle de danse de faire un "grand jeté", figure qui, pour être bien exécutée, demande une souplesse et un entraînement de longue haleine. Faute de quoi l'exécutant se tourne en  ridicule... Il est vrai que le ridicule n'a jamais tué personne. Mais mettez-vous à la place de celui qui devient, en une seconde, la risée de toute une salle... Mettez-vous à la place de celui qui, pensant se montrer sous son meilleur jour, se rend compte tout à coup de sa maladresse et de sa gaucherie. D'autant que tous ne sont pas embarqués dans la même galère, certains ayant en partie l'expérience requise et s'avérant beaucoup plus à l'aise que les autres. Le pire dans l'histoire, c'est que Jérôme Bel avait donné la même trame à tous ses exécutants, lesquels se succédaient les uns après les autres, favorisant bien évidemment le petit jeu des comparaisons. Inutile de souligner que les vilains petits canards étaient légion, déclenchant dans la salle des rires moqueurs inextinguibles, alors que des sifflets d'admiration saluaient les plus performants... Toutefois, outre le fait que cette suite d’exercices, humainement inacceptables, ne présentait aucun intérêt artistique pour le public, elle avait l’avantage de lui montrer que tant la danse que l’improvisation – et ce jusqu’aux saluts – est un art qui demande un apprentissage de longues années et une maîtrise parfaite de son corps avant de pouvoir être présenté sur scène.

J.M. Gourreau

Gala 11

Photo Josefina Tommasi

Gala / Jérôme Bel, Théâtre de la Ville, du 30 novembre au 2 décembre 2015, dans le cadre de la 44ème édition du Festival d’Automne à Paris.

 
Commentaires (1)

1. claudet 01/12/2015

Ce prétendu spectacle me fait penser à certaines émissions malsaines de télévision où le présentateur insiste lourdement sur les faiblesses de ses pauvres victimes. Manque total de respect de la personne humaine.

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