Jesus Sevari / Childe / Grandiose et Pathétique

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Photos J.M. Gourreau

Jesus Sevari :

 

Grandiose et pathétique

 

Créée il y a un peu plus d’un an en Avignon, Childe est sans doute l’œuvre la plus aboutie de cette jeune chorégraphe d’origine chilienne. Ce qui touche avant tout, voire qui bouleverse dans le personnage de Childe incarné par la chorégraphe elle-même, c’est une sensation de mélancolie insidieuse, mêlée d’une certaine douceur et d’une grande présence qui se dégagent d’un être fragile, romantique, au tempérament cependant bien affirmé, volontaire et puissant. Ces sentiments, ces émotions qu’elle fait rejaillir sur son public, il faut les rechercher dans la genèse même de l’œuvre qui l’a happée et dont elle s’est totalement imprégnée au point de faire corps avec l’orchestre, d’en devenir un instrument solo.

A la demande de Paganini, Berlioz composa Harold en Italie autour d’un instrument central, l’alto, qu’il assimila à Childe, héros byronien dissident, arrogant et capricieux mais d’une très grande intelligence, apte à s’adapter aux situations les plus périlleuses et à utiliser la ruse pour en tirer avantage. Childe Harold’s pilgrimage de Byron (Le pèlerinage de Childe Harold) est en fait un long poème narratif écrit par Lord Byron en 1812 dans lequel il évoque les voyages et réflexions d’un jeune homme mélancolique, désillusionné par sa vie de débauche, et qui va se ressourcer dans différentes contrées, les Abruzzes italiennes notamment, d’où le nom de l’œuvre berliozienne. Jesus Sevari quant à elle, séduite autant par la puissance de la musique que par la force du héros, donne à sa pièce son prénom, lequel au Moyen-Âge était aussi celui d’un jeune homme cherchant à gagner ses éperons de chevalier. La boucle est ainsi bouclée !

Le héros qu’elle campe reflète parfaitement le caractère du personnage de Byron mais surtout – et c’est cela qui est extraordinaire – renforce l’âme donnée par Berlioz à l’alto au point d’en être le double, rétablissant ainsi le désir originel de Paganini qui souhaitait en fait que Berlioz lui composât une symphonie pour alto, lequel s’était retrouvé finalement noyé dans la masse des autres instruments.

Ainsi éclairé, le poème symphonique déjà grandiose de Berlioz prend une nouvelle dimension, contrebalancée par le décor minimaliste de Yann Le Bras, petits monticules accolés qui pourraient évoquer les rochers des forêts sombres et mystérieuses des Abruzzes au sein desquelles Childe aimait se perdre ou, plus simplement, la terre accueillante dans laquelle il recherchait le calme nécessaire à sa réflexion. Quoiqu’il en soit, la chorégraphe dépeint un personnage plein de mystère, tantôt plein de retenue, tantôt d’une puissance et d’une force intérieure incommensurables, souvent pathétique, dont le chant, en se superposant à celui de l’alto, vient se fondre et renforcer la ligne mélodique des autres instruments de l’orchestre sans jamais la dominer. Une performance superbe et pleine de vie.

 

J.M. Gourreau

 

Childe / Jesus Sevari, Saint-Ouen, Espace 1789, 4 Février 2012.

Prochaines représentations : 18 et 19 février 2012, La ferme du buisson, dans le cadre des Rendez-vous de danse d'Arcadi.

Jesus Sevari / Childe / Saint-Ouen Espace 1789 / Février 2012

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