Joanne Leighton / Midori / Midori, bis repetita

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Photos J.M. Gourreau

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Leighton j midori 13 vanves 20 03 14Joanne Leighton :

Midori, bis repetita

 

Il y a des spectacles qui ne laissent pas la même impression lorsqu'on les revoit une seconde fois quelque temps après la première. Peut-être parce qu'on les admire dans d'autres conditions, peut-être aussi parce que les interprètes ou nous-mêmes ne se trouvent pas dans le même esprit. Ainsi en est-il en tous cas pour Midori,(1) un solo de Joanne Leighton pour Jérôme Andrieu. Et, pourtant, c'est toujours cet étonnant danseur qui nous attend tout seul sur la scène, avec un petit sourire bonhomme au coin des lèvres qui emporte d’emblée l'adhésion. L'air de rien avec un naturel étonnant pour quelqu'un qui devrait être mort de trac... Si bien que l'on n'a aucune hésitation à lui accorder notre confiance lorsqu'il se met en devoir de nous expliquer "les règles du jeu." Mais de quel jeu s’agit-il et quels vont en être les joueurs ? A sa manière de délimiter l’espace, d’évoquer ce qui va se passer, on devine très vite qu’il va être le seul protagoniste de l’œuvre. Il n’en sera toutefois pas totalement maître, guidé à certains moments par une voix off qui le contraint à suivre pas-à-pas les paroles sorties du haut-parleur, en fait la description par le menu de séquences chorégraphiques préexistantes issues de certains films, ce par quelque répétiteur un tantinet autoritaire qui aurait pris, tel le savant de fiction Septimus (2), le commandement de son cerveau. Séquences " marquées" (3) évoquant celles d’un automate et qui font peut-être allusion à l’ère de robots susceptibles de devenir les maîtres du monde…

Mais ce qui s’avère particulièrement captivant dans ce spectacle, ce n’est pas tant son sujet lui-même que la façon dont il est traité et, surtout, la personnalité de Jérôme Andrieu: un être qui, par sa seule présence, son naturel, son apparence tranquille, sa chaleur communicative capte immanquablement l’attention, attirant à lui toutes les sympathies, nous mettant tout de suite à l’aise, comme si nous faisions partie de sa famille. Cet effet est il dû à la chorégraphe, Joanne Leighton, ou à lui-même ? Il est bien difficile de répondre à cette question. Lorsqu’il m’avait été donné de voir ce spectacle la première fois à la Cartoucherie de Vincennes, si j’avais bien ressenti cette même atmosphère, j’avais en revanche critiqué la part réellement dévolue à la danse dans ce spectacle, l’ayant trouvée réduite à une peau de chagrin... Ce n’est plus tout à fait mon impression aujourd’hui, bien qu’une grande partie de cette performance soit du domaine du verbe, qu’il s’agisse des injonctions émises par la voix off ou des "explications" énoncées par le danseur. Il en résulte toutefois un spectacle attachant, très empreint d’un surréalisme à la Magritte, ce qui explique peut-être la grande présence de son interprète.

J.M. Gourreau

Midori / Joanne Leighton, dansé par Jérôme Andrieu, Théâtre de Vanves, dans le cadre d’Artdanthé, 20 mars 2014.


(1)  voir dans ces colonnes la critique de ce même spectacle du 6 juin 2013.

(2)  cf. La Marque jaune, d'E.P. Jacobs.

(3) on dit d'un danseur qu'il "marque" lorsqu'il n'exécute pas à fond un mouvement mais seulement l'ébauche, afin de ne pas se donner à fond et dépenser toutes ses forces afin de les garder pour une éventuelle représentation ultérieure. Ce qui est généralement le cas lors des répétitions.

Joanne Leighton / Midori / Vanves / Mars 2014

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