Johan Amselem / Des filles des choux / Une vidéo fort dérangeante

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Photos J.M. Gourreau

Johan Amselem :

Une vidéo fort dérangeante

 

En mai 2015, Johan Amselem présentait le premier volet d'un diptyque, Des gars des roses, qui évoquait le tempérament et la puissance intérieure de la Femme trop souvent considérée comme génitrice ou bonne à tout faire à la maison (cf. article du 29 mai 2015 dans ces mêmes pages). Le second volet, Des filles des choux, se veut une ode à la délicatesse masculine, pièce interprétée par le chorégraphe lui-même accompagné au synthétiseur par un exceptionnel chanteur de raï algérien, Mohamed Lamouri. Disons le d'emblée, la sensualité, la volupté, la douceur qui étaient l'apanage de ses dernières œuvres, en particulier de Bon appétit ! se retrouvent dans ce spectacle, ce qui est d'autant plus étonnant que la carrure du chorégraphe-interprète ne l'aurait pas laissé penser. C'était en effet étonnant de voir une telle légèreté, une telle aisance dans les mouvements, certes pas nécessairement très sophistiqués mais empreints d'une  grande délicatesse, voire même de grâce, ce qui attirait d'emblée la sympathie. On aurait dit un papillon voletant de fleur en fleur pour butiner, ou voltigeant avec impertinence et agilité à l'image d'un mâle poursuivant sa femelle avant de se faufiler dans la verdure d'un feuillage d'automne pour y disparaître. Et lorsqu'il faisait sa réapparition, c'était pour faire preuve d'une attention pleine de délicatesse et de sollicitude, d’une connivence même à l’égard de son partenaire musicien, un être d'une extrême fragilité, un peu perdu dans son monde, d'autant qu' il était privé d'un œil.

Mais voilà, cette belle idylle était volontairement brisée par les images vidéo de Cyril Piquemal et Marylène Kert, images sans rapport apparent avec le propos évoqué, projetées sur une enfilade d'écrans semi-transparents, masquant partiellement mais surtout d'une façon fort désagréable les interprètes sur le plateau, et venant maladroitement interférer avec la danse. Il faut chercher la raison de cette scénographie dans la genèse de l'œuvre, le chorégraphe s'étant efforcé de superposer et d'insérer de nouveaux propos à la trame de sa pièce. En l'occurrence, des sentiments plus personnels ayant trait à son enfance, ses goûts, son amour pour la nature et ce, par le truchement de la vidéo. Parti pris qui eut pour effet d'amoindrir, voire de masquer le thème principal, à savoir cette générosité, cette tendresse, voire cet amour pour l'Autre, son compagnon d'infortune, et qui rendaient l'œuvre si attachante. Qui trop embrasse mal étreint, dit le proverbe ! On aurait pourtant aimé partager davantage la douceur de cette image furtive - si belle au demeurant - de ce feuillage d'automne aux chatoyantes couleurs, de ce jeu d'ombres et de lumière offert par le soleil jouant à cache-cache avec le tronc des arbres, ou celle de ces abeilles, ivres de liberté, s’envolant en essaim dans le bleu du ciel... Mais ces visions, en s’interposant sur des écrans à l’image des plages géométriques de couleur dans un tableau de Mondrian, coupaient le fil de cette fort belle histoire, trop poignante pour être estompée… Dommage !

J.M. Gourreau

Des filles des choux / Johan Amselem, Anis Gras, Arcueil, du 15 au 17 octobre 2015.

Johan Amselem / Des filles des choux / Arcueil / Octobre 2015

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