Johan Amsellem / Bon Appétit ! / L'Etoile du Nord

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Photos J.M. Gourreau




Johan Amselem :

Eloge du plaisir charnel 

 

"Convier le public à un banquet festif de plaisir charnel", il fallait quand même oser le faire ! En montant Bon appétit!, Johan Amselem aurait pu tomber dans la vulgarité. Il a su éviter le piège. Sa mise en scène de la naissance du désir charnel puis celle du plaisir consommé, et ce sans réticence aucune, d’une manière extrêmement directe et crue par le truchement de l'art de Terpsichore aurait pu s'avérer une entreprise extrêmement scabreuse. Il n'en a rien été, bien au contraire. C'est en fait une bouffée d'oxygène dans la morosité et l'austérité de notre univers que ce chorégraphe nous offre, bouleversant les tabous d'un revers de pointes. Et l'on ne peut que lui donner raison lorsque, pour se justifier, il affirme que "le plaisir physique est fondamental pour son pouvoir épanouissant et fédérateur". Alors, pourquoi s'en priver ?

Cette philosophie s'est révélée payante. Dubitatif au début de la représentation, le public s'est révélé carrément enthousiaste à son terme. Il faut dire qu'en homme de spectacle consommé, Johan Amselem a su faire progressivement monter la pression jusqu'à son paroxysme. Au départ, il place le spectateur dans l'ambiance en le conviant dans une discothèque avec un D.J. déchaîné, un vidéaste et une musique pop dans l'air du temps, bien sûr en direct. Au début, il ne se passe rien de particulièrement spécial, une bande de jeunes prenant un évident plaisir à danser. Rien de plus naturel. Mais peu à peu, on s'aperçoit que ces adolescents sont vêtus de... couches-culottes, dont ils vont bientôt se débarrasser pour passer à l'âge adulte et se retrouver - quoi de plus naturel - en tenue d'Eve et d'Adam. S'en suit une danse de découverte du corps et de célébration de l'amour par des mouvements amples et larges, certes d'une très grande sensualité mais aussi et surtout d'une très grande beauté, laquelle n'est pas sans évoquer certains tableaux bucoliques, voir célèbres de grands maîtres comme Manet (Le déjeuner sur l'herbe), Matisse (La danse) ou Cézanne (Les baigneurs), les projections du vidéaste Kevin Obsatz en fond de scène y étant bien sûr pour quelque chose. Ce n’est que petit à petit que les plaisirs de la chair vont se faire de plus en plus prégnants, l’érotisme se consumant progressivement. Ainsi va-t-on assister à des scènes qui, ailleurs, pourraient paraître un tantinet bestiales mais qui, ici, prennent une dimension toute autre, empreinte d’innocence, voire d’une certaine pureté. Je pense en particulier à celle dans laquelle deux éphèbes se reniflent, se lèchent et se mordillent sans pudeur aucune ou, encore, à celle au cours de laquelle une damoiselle excite sa partenaire en lui caressant la gorge et les seins avec la pointe d’un couteau... Non moins belles et sensuelles les images - merveilleusement dansées, de plus avec un grand naturel - que nous offre un couple masculin dont les enlacements ne sont pas sans évoquer les sculptures de Rodin (Le baiser) ou de Camille Claudel (L’âge mûr). Aucune obscénité mais beaucoup de sensualité, de volupté, de fraîcheur et de naturel dans ce spectacle qui vous réchauffe le cœur, vous incitant au rêve. Une fascinante ode à l'amour.

J.M. Gourreau

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Photo P. Virtucio

Bon appétit ! / Johan Amselem, L’Etoile du Nord, du 3 au 5 octobre 2013, dans le cadre du festival « Avis de Turbulences #9 ».

Johan Amsellem / Bon Appétit ! / L'Etoile du Nord / Octobre 2013

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