Johan Amsellem / Des gars des roses / Quelles raisons poussent donc l'Homme à détruire la nature ?

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                 J.M. Gourreau
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Johan Amselem :

Quelles raisons poussent donc l’Homme à détruire la nature ?

 

Toutes les grands-mères, embarrassées par les questions sexuelles liées à la conception, ont un jour ou l’autre raconté à leurs enfants que les garçons naissaient dans les choux, et les filles au cœur des roses ou, encore, que c’était les cigognes qui apportaient les nouveau-nés à leur maman. Bien que tombée en désuétude aujourd’hui, cette image est cependant celle qui s’offre à nos yeux au cours du dernier spectacle de Johan Amselem, Des gars des roses, une œuvre mettant en avant le tempérament et la puissance intérieure de la Femme, trop souvent considérée comme génitrice ou bonne à tout faire à la maison. Ce tableau n’est toutefois pas totalement farfelu car, comme l’évoquait Willy Bakeroot, « la particularité du chou est d'avoir une gestation de neuf mois. Sa plantation était autrefois réservée aux femmes. Au temps où l'on n'avait pas de cultures industrielles, c'était les femmes qui avaient le privilège de planter les choux dans les jardins. (…) Lors de la récolte, à la fin de l'automne, ces dames - que leurs maris appelaient volontiers des "matrones" en cette occasion -, allaient cueillir les choux en les faisant pivoter d'un quart de tour, tout comme le font les sages-femmes lors de la naissance d'un enfant. Ce faisant, elles coupent le trognon et la racine qui symbolisent bien le cordon ombilical. (…) La correspondance des deux gestes, celui de la sage-femme et celui de la jardinière, est une clé de la configuration mythologique qui habite le thème de la naissance*». Et, ajouterais-je, celui de la vie.

Or, il existe en chacun d’entre nous, et en toute femme en l’occurrence, des forces contraires qui la tiraillent et qui la contraignent à agir différemment selon les circonstances. C’est ce que Johan Amselem a cherché à exprimer au travers de cette création : bien que, par nature, la femme soit généralement un être courtois et doux, poussée à bout, elle peut révéler des forces insoupçonnées et détruire jusqu’à la raison même de son existence. Sur scène donc, un champ de choux régulièrement alignés contenant, chacun en son cœur, un petit baigneur en plastique, symbolisant bien sûr un bébé. Deux personnages au centre de cet espace verdoyant, la guitariste Ma Public Therapy, et la danseuse Héloïse Vellard. La pièce débute par une chanson médiévale adaptée pour guitare rock par la compositrice dans une ambiance doucereuse, primesautière et calme. Mais, petit à petit, cette atmosphère se dégrade, devenant plus agressive, tant par la musique que par la gestuelle de la musicienne qui parcourt elle aussi la scène avec son instrument, accompagnant ou, plutôt, poursuivant la danseuse. Aux accents déchirants de la guitare succèdent bientôt de la part de la musicienne moult invectives dans le seul but de déstabiliser sa partenaire. Et, bien sûr, les réactions ne se font pas attendre, les agressions, les humiliations tant verbales que gestuelles que cette dernière réfute ayant pour effet d’annihiler son tempérament naturellement affable et de faire ressurgir les démons qui dorment, enfouis au plus profond de son âme. C’est alors bien malgré elle et à son corps défendant qu’elle va peu à peu détruire tout ce qui l’entoure telle une bête sauvage dépourvue de raison, supprimant la vie à tout être vivant, animal ou végétal. Un tel comportement ne vous rappelle t’il pas certaines choses ?

J.M. Gourreau

Des gars des roses / Johan Amselem, Théâtre de l’Etoile du Nord, Paris, du 27 au 29 mai 2015, dans le cadre de la manifestation « Jet Lag 6, fais ce qu’il te plaît. »

 

*De l'importance de naître dans les choux ou la mythologie millénaire des petits trognons, intervention aux 36è Journées annuelles de Thérapie psychomotrice, Tours, du 24 au 26 janvier 2008.

Johan Amsellem / Des gars des roses / L'Etoile du Nord / Mai 2015

Commentaires (1)

1. gouault 30/05/2015

Merci pour l ' histoire du choux. Je pense que J AMselem ne laisse en effet rien au hasard ds la scénographie.
Ayant assistée à plusieurs mariages en Bretagne lorsque j étais gamine, il m est arrivée de résister jusqu à la fin et de participer à la recherche des mariés qui à la fin du bal s amusaient à cache cache.
Le but du jeu étant de retrouver les jeunes mariés ds une des maisons environnantes.
Et lorsqu on les retrouvait ; ils devaient être ds le lit en chemise de nuit.
C est alors qu arrivait la soupe au choux ds un pot de chambre et... la mariée aux yeux de tous les joyeux fêtards devait croquer la carotte tendue par une tierce personne. Je me souviens de mon malaise.
Quand aux choses plantées ds les choux lors du spectacle, au départ je ne voyais pas très bien l objet..était ce une carotte, un couteau, peu à peu j arrivais à distinguer cette poupée mannequin avec laquelle de nbreux enfants ont jouée.
Ce qui me semble remarquable ds le travail de ce chorégraphe est d extraire ch la danseuse la matière qui compose le spectacle.
Qt aux mots...ils résonnent encore ds ma tête et évidemment on peut compléter la liste. Le ton employé par Public therapy est totalement juste.

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