José Besprosvany / Inventions / Conflit de générations

Photos J.M. Gourreau

    Photo L.Loecks

  

 

José Besprosvany :

 

  

 

 

 

 

 

 

 

Conflit de générations

 

 

Parmi les chorégraphes de la génération montante belge, Nicole Mossoux et Patrick Bonté mis à part, José Besprosvany est sans doute le chorégraphe le plus doué de son époque. Je n’en veux pour preuve  que le spectacle qu’il vient de présenter à Paris, Inventions. Rares sont en effet les artistes capables de marier avec autant de bonheur et de talent les différents arts du spectacle, entre autres, le théâtre, la musique et la danse. Les danses devrais-je dire car il est sans doute le premier à avoir osé la confrontation de la danse classique et du hip-hop. On aurait pu craindre le pire. Le résultat fut un petit chef d’œuvre d’humour et de fantaisie, d’une légèreté sans égale. Pourtant, le pari était osé : on ne met pas en effet impunément en face l’un de l’autre la chèvre et le chou, le loup et l’agneau, le chat et la souris… Il aurait pu en être de même pour ces deux disciplines que l’on aurait pu croire diamétralement opposées. Eh bien, curieusement, Besprosvany a trouvé des correspondances entre elles et, surtout, des danseurs pour les mettre en valeur. Si, pour l’athlétique hip-hoppeur Jean-Pierre Keclard, ce ne dut pas être trop difficile - s’immiscer dans la danse classique revenant, pour cette chorégraphie, à endosser le rôle de porteur - il ne dut pas en être de même pour Véronique Liévin, d’essence classique, qui dut sans doute beaucoup travailler avant d’acquérir ce style et cette gestuelle si particuliers des jeunes danseurs de la rue… Mais le jeu en valait la chandelle ! Et puis, le chorégraphe n’avait-il pas eu l’idée géniale d’élaborer son œuvre sur des extraits des partitas Nos 1 et 2 de Bach qui, de par leur rythmique, s’y prêtaient merveilleusement bien ? L’intérêt de cette pièce très enlevée intitulée BachUp résidait dans le fait que ses deux interprètes donnaient l’impression de s’enseigner mutuellement leur art par l’intermédiaire de  petites variations qu’ils travaillaient ensemble comme deux collégiens, dans la connivence, la joie et la bonne humeur.

Cette œuvre s’enchaînait avec une autre courte pièce pour la même danseuse et une chanteuse, Récitations, sur une musique de Georges Aperghis, interprétée en direct sur scène par une des spécialistes du genre, Bénédicte Davin. Une partition étonnante, voire surprenante pour qui ne la connaît pas, faite d’onomatopées et de phonèmes juxtaposés et arrangés comme des notes sur une portée. Et, bien évidemment, le chorégraphe s’ingénia à travailler sur leur sonorité, à rechercher et mettre en évidence les correspondances entre voix et gestes de façon à créer un univers fort original, qui plus est d’une drôlerie irrésistible.

Mais le meilleur restait pour la fin, une pièce éponyme sur le quatuor La jeune fille et la mort de Schubert. Une œuvre émouvante à l’extrême qui mettait en scène la même danseuse classique que précédemment, Véronique Liévin (quelle prodigieuse performance !), et la Mort, alias Blanche Aubrée, une ballerine de l’époque de Lifar qui termina sa carrière chez Maurice Béjart. Sa fragilité et sa dignité n’avaient d’égales que son aura. La confrontation de ces deux générations avait un je ne sais quoi de fascinant, de touchant, de pathétique qui bouleversaient le spectateur. L’exubérance de la jeunesse face au calme et à la sérénité à l’approche de la mort.

Originalité enfin que celle d’avoir réuni, par l'intermédiaire de Véronique Liévin, ces trois pièces finalement fort contemporaines, d’une facture diamétralement opposée et d’une richesse complémentaire, qui permettaient de mesurer l’étendue artistique de ce talentueux chorégraphe encore jeune et plein de fougue malgré ses 50 ans !

 

J.M. Gourreau

 

Inventions / José Besprosvany, Centre Wallonie-Bruxelles, Paris. Dans le cadre du Festival On y danse XVI, Février 2010.

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