José Martinez : Les enfants du Paradis

José Martinez :

 

Peut-être un peu trop sage…

 

L’entreprise était ambitieuse et le pari osé. S’attaquer à un chef d’œuvre du 7ème art pour le transposer au ballet aurait pu tourner à la catastrophe. Mais José Martinez s’en est finalement assez bien tiré. Les enfants du

 paradis avaient déjà fait l’objet d’une adaptation à l’art de Terpsichore en 1986 par le San Francisco Ballet sur une musique de Piaf. Sans grand succès semble t’il. Ce film, dont l’action se passe en 1840 boulevard du crime à Paris, évoque les amours contrariées de Garance et Baptiste et les jalousies qui lui sont inhérentes, un sujet finalement très banal mais difficile à évoquer par la danse du fait de sa mise en scène et de ses dialogues : pas évident en effet de remplacer Barrault, Brasseur Arletty et Casarès par des danseurs, si brillants soient-ils !

Il eut alors fallu faire autre chose. Ce ne fut pas le choix de José Martinez, étoile et chorégraphe scrupuleux, intègre et talentueux qui a souhaité respecter le plus fidèlement possible le scénario du film de Prévert et Carné, ce qui l’a obligé à répartir l’action en plusieurs plans emboîtés les uns dans les autres ou diversifier les lieux scéniques. C’est ainsi que le spectateur est accueilli par des saltimbanques, jongleurs et autres bateleurs dans le grand escalier qui donne accès à la salle, que Desdémone est étranglée à l’entracte dans ce même grand escalier, que certaines des loges de côté sont utilisées par les danseurs pour haranguer la foule, que des musiciens quittent la fosse d’orchestre pour jouer leur propre rôle sur scène. Une idée des plus originales et bien exploitée. Idée intéressante également que celle de traiter les scènes plus intimes où n’interviennent que les personnages-clé sur un théâtre dans le théâtre, tandis que les scènes de foule occupent le plateau entier. C’est peut-être dans la description de cette fresque populaire que Martinez excelle : il sait créer une ambiance, donner vie à la foule ; tous les rôles, qui allient danse et théâtre, sont parfaitement étudiés et adaptés à chacun des interprètes. C’est sans doute la raison pour laquelle l’ambiance semble si réelle et tous les interprètes si heureux de danser.

On pourrait reprocher à ce spectacle son manque de couleurs. Il s’agissait, là encore, d’un parti pris, le chorégraphe ayant voulu rester le plus près possible du film en noir et blanc. Mais il faut souligner la beauté et le raffinement des quelque 150 costumes de cette production, dus à Agnès Letestu qui, délaissant son rôle d’étoile, a adopté pour la circonstance celui de costumière, avec beaucoup de bonheur, il faut le souligner.

Un point noir cependant : le manque de lien entre les différents tableaux, certains d’entre eux semblant venir comme les cheveux sur la soupe. D’où un manque de lisibilité de l’œuvre. L’exemple le plus frappant est celui du divertissement balanchinien de « Robert Macaire » qui ouvre le deuxième acte. Certes, c’est le seul instant de danse pure au cours duquel le chorégraphe a pu donner libre cours à son imagination et à son talent, créant de magnifiques variations pour Frédéric Lemaître, alias Josua Hoffalt dans la distribution qu’il m’a été donné de voir. Mais ce divertissement, un peu trop long d’ailleurs, donnait l’impression de pièce rapportée, bien qu’il ait été annoncé à l’entracte par une pluie de tracts descendue des cintres. Cependant, la partition musicale parfaitement illustrative de Marc Olivier Dupin seyait parfaitement à l’action sans prendre à aucun moment le pas sur elle. Un beau travail parfaitement mis en valeur par l’ensemble orchestral de Paris et, surtout, la baguette de son jeune chef, Pablo Heras-Casado.

 

JM. Gourreau

 

 

                                                                    Les enfants du Paradis - Photo S. Mathé 

 

 

 

Les enfants du paradis / José Martinez, Palais Garnier, Oct. – Nov. 2008.

 

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