José Montalvo / Carmen(s) / Carmen(s), bis

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José Montalvo :

Carmen(s), bis

 

C’est une lapalissade : si la première lecture d’un spectacle aussi captivant qu’émouvant, fourmillant d’idées plus alléchantes les unes que les autres, apporte toujours son lot d’émotions fortes, il convient toujours de le revoir pour en apprécier et déguster toute la saveur, la richesse et les subtilités. J’ai évoqué dans mon article précédent (voir ci-dessus dans ces mêmes colonnes) l’idée générale qui avait préludé à l’élaboration de l’œuvre, notamment le charisme du chorégraphe qui lui a permis d’ouvrir les yeux sur la condition féminine dans différentes régions de l’univers et la soif de ces êtres, que dis-je, leur ivresse, de liberté. Ce, par le truchement d’images choc sur écran, aussi esthétiques que poignantes, en réponse au Cri et aux attitudes touchantes des mêmes personnages sur le plateau. Tout cela sur un ton badin, léger et primesautier qui, mine de rien, va marquer inconsciemment le spectateur qui en ressortira abasourdi.

Dans cette pièce en effet, rien n’est laissé au hasard et le moindre détail a son importance. Notamment dans la distribution des rôles et l’agencement des personnages sur scène. Chez Montalvo, chaque interprète a une mission, un rôle sur mesure, créé en fonction de ses facultés et de ses aptitudes, comme celle de jouer de la cornemuse tout en dansant du hip-hop. Ce qui le rend tout bonnement irremplaçable. C’est en fait leur juxtaposition, la variété et la combinaison à bon escient de tous ces talents qui conditionne le succès de l’œuvre, qui engendre de l’émerveillement chez le spectateur et qui met en valeur l’imagination de son auteur. Chorégraphiquement parlant, tout l’art de Montalvo consiste à associer, combiner, voire mixer avec beaucoup de bonheur des styles aussi différents que la danse espagnole et le zapateado, prérogatives de Carmen, le rap et le hip-hop, apanages d’une certaine jeunesse d’aujourd’hui et, bien évidemment, la danse contemporaine, ne serait-ce que pour être et rester en phase avec son temps. En outre, il sait mettre chacun de ces styles en valeur en les utilisant avec discernement et brio, en leur donnant à chacun leur raison d’être, en les chargeant d’une forte émotion, tout en les confiant à des artistes de très haut niveau, judicieusement triés sur le volet. Dans de telles conditions, ˮcomment ne pas prendre son piedˮ, nous aurait dit l’écrivain et critique d’art Louis-Ferdinand Céline…

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Photos J.M. Gourreau

En fait, cette œuvre est truffée de détails touchants tels, par exemple, les mains respectives de cet homme noir debout aux côtés d’une femme blanche qui, à un moment donné, vont se chercher, s’effleurer, se caresser l’une à l’autre pour finir par se joindre avec force dans un élan passionné : une scène quasi insignifiante noyée parmi nombre d’autres dans un coin du plateau… Quant à la vidéo, si elle sert à replacer les personnages dans un contexte donné, elle peut également être utilisée pour mettre en exergue un détail ou une émotion par le truchement du gros plan d’un visage sur scène, ce qui a pour effet de renforcer ou de démultiplier l’action présentée.

Bref, il est des pièces aussi riches que raffinées qui foisonnent d’images dont on ne peut que difficilement embrasser toutes les facettes et subtilités à la première lecture et qui méritent d’être vues et revues à plusieurs reprises. Carmen(s) est de celles-là. 

J.M. Gourreau

Carmen(s) / José Montalvo, Théâtre National de la danse Chaillot, du 1er au 23 février 2018.

 

José Montalvo / Carmen(s) / Théâtre de Chaillot / Février 2018

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