Josef Nadj / Cherry-Brandy / A la recherche du poète absolu

                                                                                                                                              Photo Sophie Carles

 

 

 

Josef Nadj :

 

A la recherche du poète absolu

 

Jaillissant des ténèbres, un rai de lumière traverse soudain la scène, s’attarde sur un corps, le caresse puis disparaît. Bien vite relayé par un autre puis par un troisième… Chacun de ces traits lumineux ciblera ainsi une autre partie d’un nouveau corps, dévoilant des fragments de personnages exposés dans toute leur crudité, courbés, cassés, tordus, enlacés par l’amour ou le désespoir…  On l’a compris, Nadj va à nouveau nous livrer une réflexion sur les tréfonds de l’âme humaine mais orientée cette fois sur la situation de l’artiste et du poète dans la société russe. Cette œuvre – autobiographique peut-être – a entre autres pour base le « Chant de signe » de Tchekhov qui évoque les pensées et méditations d’un vieil acteur qui se retrouve tout seul un soir sur le plateau, à l’issue de la représentation. Celui-ci lui apparaît alors comme un lieu pour invoquer les esprits, à la frontière entre rêve et réalité, dans une situation qu’affectionne finalement particulièrement le chorégraphe et dans laquelle il est parfaitement à l’aise. Et le spectateur se retrouvera dans un univers de bas-fonds, grouillant d’êtres qui affleurent dans toute leur turpitude et leur noirceur, évoquant les premières œuvres de Nadj. Des images fortement évocatrices de goulag, des personnages déjantés en errance ou en quête de l’inutile, dans des postures qui peuvent sembler cocasses ou absurdes mais qui traduisent en fait le désarroi, voire une douleur intérieure intense et la perte de leur identité. Une œuvre aussi touchante que puissante, dérangeante, parfois cauchemardesque qui s’achèvera sur une image saisissante, celle d’un homme suspendu dans les cintres comme sur une croix invisible, une pléiade de lances braquées vers son cœur, un énorme chien noir prêt à mordre à ses pieds…

 

 

J.M. Gourreau

 

Cherry-Brandy / Josej Nadj, Théâtre de la Ville, Octobre 2010.

 

 

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