Josef Nadj / Ozoon / Loups-garous

nadj-j-ozoon-01-fontenay-sous-bois-21-03-13.jpgnadj-j-ozoon-07-fontenay-sous-bois-21-03-13.jpgnadj-j-ozoon-05-fontenay-sous-bois-21-03-13.jpgPhotos J.M. Gourreau

Joseph Nadj :

 

Loups-garous

 

Ils sont trois, engoncés chacun dans une énorme doudoune sombre qui les transforme en monstres antédiluviens. Qui sont-ils ? Des singes ou des hommes ? Dans leurs mains, un violon. Leur démarche chaloupée les conduit jusqu’à l’arène centrale, surélevée, où se trouvent déjà deux musiciens qu’ils rejoignent. Leur gestuelle est calme, assurée mais lourde et pesante. Ils sont conscients de leur puissance. Les sons qui s’envolent des instruments de percussion les subjuguent mais c’est en vain qu’ils tentent de s’y associer, ne tirant que des accents grinçants et déchirants de leurs violons qu’ils finiront par faire disparaître dans leurs frusques.

Disparaître, réapparaître, voilà des mots qui tintinnabulent aux oreilles de Josef Nadj, passé maître dans l’art de la métamorphose. Les trappes secrètes et les souricières, il en connaît les moindres recoins et les utilise avec délectation dans la quasi-totalité de ses spectacles. Pour entretenir le mystère. Des marques de fabrique, tout comme ses redingotes, costards noirs et chapeaux ronds…

Ozoon, commande de Daniel Favier pour l’ouverture de la 17ème biennale de danse du Val de Marne, s’inspire directement de certains de ces êtres dégénérés transmués en animaux sauvages par le photographe Charles Fréger,* mais aussi et surtout des lectures du Versant animal de Jean-Christophe Bailly et du Devenir-animal de Gilles Deleuze. C’est en quelque sorte la saga de l’Homme avec tout sa déraison qu’il évoque au travers de cette œuvre, depuis l’origine des temps jusqu’à son auto-extermination finale et inéluctable, n’aboutissant à la survie que d’une société de… souris ! Des images saisissantes au travers d’une gestuelle archaïque dictée par une peur ancestrale de certains loups-garous et autres animaux mythologiques ou dangereux, allusion directe à ces lignes de Jean-Christophe Bailly : « Depuis la nuit des temps, nous sommes visités, envahis, traversés par les animaux ou par leurs fantômes » qui sommeillent aux tréfonds de notre âme d’enfant…

J.M. Gourreau

Ozoon / Josef Nadj, Fontenay sous bois, 21 et 22 mars 2013.

*Photos présentées au MAC/VAL, musée d’art contemporain du Val de Marne à Vitry jusqu’au 26 mai 2013 et auteur du livre Wilder Mann ou la figure sauvage, publié aux éditions Thames & Hudson.

Josef Nadj / Ozoon / Fontenay sous bois / Mars 2013

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