Josef Nadj / Sho-bo-gen-zo / Un univers étrange et attachant

 

Josef Nadj :

 

 

 Un univers étrange et attachant

 

 

Avec Josef Nadj, on n’est jamais au bout de nos surprises. A chaque nouveau spectacle, on se pose la question de savoir ce que ce diable d’homme va encore bien pouvoir inventer. Son univers, fantasmagorique à souhait, truffé autant de chausse-trappes que de vraies trappes, est aussi mystérieux qu’attachant. Avec lui, il est vrai, il faut s’attendre à tout : on a beau s’y préparer mais les choses les plus surprenantes arrivent toujours quand on s’y attend le moins…

Sho-bo-gen-zo ne déroge pas à la règle. Créée à au cours de l’été 2008 au festival de Kanisza en Serbie, cette œuvre s’inspire des poésies et textes philosophiques du maître Dôgen Zoimonki qui, au 13e siècle, introduisit au Japon l’Ecole Soto du bouddhisme Zen. Inutile dès lors de préciser que calme et sérénité seront les maîtres mots de cette nouvelle pièce. Mais dans la gestuelle seulement car, en prélude à l’ouverture du rideau, le saxophoniste Akosh Szelevényl annonce l’arrivée du grand samouraï par une suite de trilles aussi tonitruantes que déchirantes, capables de tirer un mort de sa léthargie ! C’est assis sur un piédestal poussé par sa disciple que le maître fait son apparition d’un portique tout droit sorti d’un théâtre de Nô ou de Kabuki. De noir vêtu et portant un étrange masque évoquant ceux des héros de la mythologie wagnérienne, Josef Nadj, car c’est bien lui,  en impose par sa stature, sa présence et sa sérénité. Saisissant contraste avec sa disciple Cécile Loyer, frêle, de blanc vêtue, elle aussi masquée, qui trottine derrière lui…

Les six koâns (miniatures) qui vont nous être proposés suggèrent le temps. Ils ne sont pas sans rapport avec les dessins à l’encre de Chine que le chorégraphe expose parallèlement au spectacle à la galerie Vieille du Temple*. Mais, comme à l’habitude, les univers évoqués par le chorégraphe seront plus énigmatiques les uns que les autres et difficiles à déchiffrer, tous empreints d’un fascinant mystère. Si certains tableaux, à la gestuelle mécanisée, annoncent un monde robotisé futuriste, d’autres, soutenus par la contrebasse de Joëlle Léandre, sont plus humains, parfois poignants, d’une gestuelle débordante de tendresse. D’autres enfin sont carrément étranges, à l’image de cette scène de magie, leitmotiv chez Nadj ou, encore, de celle où Cécile Loyer va être « arrosée » par une foultitude d’objets plus hétéroclites les uns que les autres et contrainte à s’abriter sous une plaque de tôle galbée tenue au dessus de sa tête… L’humour ne sera pas absent non plus, comme l’évoque cette scène surréaliste dans laquelle on pourra voir nos deux protagonistes confondre goulot de bouteille et pied de chaise, s’efforçant de tirer quelques gouttes d’un mystérieux  breuvage que ladite chaise pourrait éventuellement contenir…

Bref, un univers toujours aussi fascinant, qui laisse notre imagination vagabonder à son gré !

 

J.M. Gourreau

 

Sho-bo-gen-zo / Josef Nadj, Théâtre de la Bastille, Jusqu’au 25 Janvier 2010.

Prochaines représentations : Orléans, 17 et 18 Mars 2010.

 

* Exposition des dessins du chorégraphe à la Galerie Vieille du Temple, 23, rue Vieille du Temple, 75004 Paris, du 18 au 27 Janvier 2010.

 

 

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau