Julie Alamelle & Wendy Cornu / De chair et d'os / Quand l'union fait la force

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Photos J.M. Gourreau

 

 

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Julie Alamelle et Wendy Cornu :

Quand l’union fait la force...

 

La vie n’est pas toujours un fleuve aussi long et aussi tranquille que l’on pourrait le croire pour les femmes dans notre société: les contraintes auxquelles elles sont en effet soumises, ne seraient-ce que les robes et les talons hauts qui sont leur apanage, les déstabilisent et il leur faut constamment se battre et faire moult concessions pour se faire respecter, voire même survivre. Les règles de la bienséance veulent en effet que, dans le monde d'ici bas, chacun reste à la place qui lui a été assignée, sans possibilité d’y déroger et ce, tout en devenant de plus en plus productif mais, dès lors aussi, de moins en moins humain. L’union qui, comme chacun sait, fait toujours la force, demeure le seul moyen de s'en sortir, comme nous le démontrent à nouveau Julie Alamelle et Wendy Cornu dans leur dernière œuvre, De chair et d’os.

D’entrée de jeu, le ton est donné: alors que le public s'installe, deux femmes martèlent de leurs talons une sorte de grand échiquier tracé à même le sol, en se déplaçant comme des automates de case en case suivant une logique préétablie, sans en dévier d'une ligne. L’atmosphère est lourde et pesante. Bien sûr, la machine s'emballe et tout se déstructure finissant par se casser. Ces deux êtres ne vivent toutefois pas cette situation de la même manière. En fait, tout les oppose : l’une semble douce, calme, fragile, retenant sa vindicte, l’autre est à l'inverse exubérante, rebelle et colérique, révélant une force de caractère bien affirmée, entraînant la plus sage dans une sarabande infernale. Or, contrairement à ce à quoi l'on pouvait s'attendre, leur rencontre, la découverte de l'autre met en avant leur propre sensibilité et leur humanité, calmant petit à petit le jeu pour aboutir à une fusion salvatrice des corps.

Cette œuvre en quatre tableaux s'avère intéressante à plus d'un titre, de par son argumentaire d'abord, lequel nous révèle, si l'on n'en était pas encore conscient, les affres et la douleur que notre société peut imposer à certains de ses membres, la gent féminine notamment; de par sa scénographie ensuite faisant appel à la vidéo qui vient judicieusement renforcer le propos par des séquences préenregistrées mixées à des prises de vue en direct, permettant ainsi de mieux entrer dans l'intimité des personnages; de par sa chorégraphie très signifiante enfin dont les ralentis, épurés à l’extrême, dévoilent l'insoupçonnable côté poétique, charnel et sensuel de ces deux femmes, tout en exacerbant l'amour naissant puis la passion qui finira par les dévorer et les contraindre à se fondre l'une dans l'autre, alors que rien ne le laissait présager.

Tout n'est cependant pas toujours aussi lisible et demeure même parfois un peu énigmatique, entre autres certaines images du dernier tableau. En effet, alors que rien ne le laissait prévoir, un nuage de farine se déverse subitement sur nos deux protagonistes tendrement enlacées. Des images certes d'une très grande force mais totalement inattendues et qui laissent perplexe. Les chorégraphes auraient-elles voulu effacer cette idylle que d'aucuns pourraient juger contre nature ? Ou, au contraire, leur apporter une sorte de bénédiction, la blancheur immaculée de la farine étant symbole de douceur et de pureté ? Est-ce une allusion au temps qui passe, les cheveux blanchissant avec l'âge ou à un rituel, les femmes de certaines ethnies recouvrant leur corps d'une nouvelle matière afin d'effacer le vécu indésiré ou de le flouter ? Quoiqu'il en soit, voilà une œuvre d'une construction rigoureuse, aussi physique que sensible, certes marquée par de nombreuses oppositions mais qui laisse cependant une grande place à l'imagination.

J.M. Gourreau

De chair et d'os / Julie Alamelle et Wendy Cornu, Théâtre Marcelin Berthelot, Montreuil, 25 mars 2016, dans le cadre des journées Danse Dense en Ile de France.

 

Julie Alamelle & Wendy Cornu / De chair et d'os / Montreuil / Avril 2016

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