Julie Andrée T. / Rouge / Délire en rouge

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andree-t-j-rouge-vanves-15-mars-2011.jpgJulie Andrée T. :

 

 

 

 

 

Délire en rouge

 

J’ai tenté d’exprimer les terribles passions

humaines par le rouge et le vert.

Vincent Van Gogh

 

Voilà une idée aussi étonnante qu’originale : les peintres mis à part, peu d’artistes ont développé la symbolique des couleurs dans leur art, encore moins l’ont utilisée comme thème principal. Et cela peut donner lieu à des shows étonnants, comme la canadienne Julie Andrée T. vient de nous en apporter la démonstration dans son solo Rouge. Le rouge est sûrement la couleur la plus fascinante mais aussi la plus ambiguë qui soit. Elle joue sur les paradoxes, anime des sentiments passionnels, s'impose comme une couleur chaleureuse, énergique, pénétrante et, d'une certaine manière, rassurante et enveloppante. C’est la couleur qui a le plus d’impact sur nos fonctions physiologiques. D'un autre côté, on l'associe au sang, à l'enfer et à la luxure. Elle ne laisse donc pas indifférent, et c'est là toute sa force : elle remue les passions, qu'elles soient positives ou négatives. C’est la raison pour laquelle elle est le symbole de la vie.

Au début de la performance, - on ne peut ici parler réellement de danse - Julie Andrée T. accueille son public en croquant à belle dents et avec délectation un poivron rouge en posant avec insistance cette question: « What colour is this ?», phrase anodine qui deviendra vite le leitmotiv du spectacle. Le premier objet à changer de couleur sera bien sûr son… corsage, maculé par le jus du poivron. Progressivement la scène s’encombre d’objets hétéroclites les plus divers que la protagoniste du spectacle tirera d’une véritable malle aux trésors, abandonnée dans un coin au devant de la scène. C’est d’abord un renne, petit jouet en plastique rouge, évoquant sans doute son enfance ; puis des gobelets, des serviettes, un énorme masque en forme de bouche avec des lèvres pulpeuses à souhait, des colliers, une guirlande lumineuse, des ballons, une nasse, une bobine de fil, des bracelets, un parapluie, un téléphone, un bilboquet, une mini-guitare, une boule de bowling… tous de la même couleur rouge ou qu’elle colorera de cette teinte à l’aide d’une bombe de peinture…

A bien y réfléchir, ces objets ne sont évidemment pas le fruit du hasard. Tous ont vraisemblablement joué un rôle dans la vie de l’artiste, tous sont sujets de réflexion et posent questions au public. Certaines d’entre elles ont une réponse évidente, telles ces lèvres démesurées, symboles de l’amour et de la passion, voire de l’érotisme ou, encore, ces colliers, images du désir, de la luxure ou du plaisir ; de même, cet extincteur ou ces affichettes de mise en garde en lettres rouges, symboles de l’alerte, du danger ou de l’interdit, que l’on peut d’ailleurs braver impunément. Quant à ces violentes projections de peinture rouge sur le mur immaculé du fond, elles évoquent bien évidemment les forces infernales, le coup de sang ou la colère, actes souvent difficilement maîtrisables mais ô combien humains… D’autres tableaux sont cependant plus énigmatiques comme, par exemple, celui où Julie ouvre la boîte crânienne d’un mini-squelette pour en dévorer avec délectation le cerveau comme s’il s’agissait d’un pot de confiture, avant de la refermer tel un simple couvercle et de lui administrer un jet de peinture rouge, comme pour panser au mercurochrome la blessure occasionnée…

Bref, un œuvre souvent étonnante, ambivalente, très souvent parfaitement lisible, émaillée de trouvailles scéniques aussi originales qu’inattendues, mais qui, toutefois, aurait gagné à être plus « dansée ».

 

J.M. Gourreau

 

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Photos J.M. Gourreau 

 

 

Rouge, par Julie Andrée T., Vanves, dans le cadre d’Artdanthé et de Ma Gang de Montréal, 24 mars 2012.

Julie Andrée T. / Délire en rouge / Vanves / Mars 2012

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