Julien Lestel / Anastylose / Le partage de l'émotion

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Photos Lucien Sanchez

Julien Lestel :

Le partage de l'émotion

 

Il y a des spectacles d'une beauté à vous couper le souffle, à vous faire monter les larmes aux yeux. Anastylose* est de ceux-là. Née du désir de créer un spectacle ensemble, cette œuvre est le fruit de la collaboration de deux artistes d'une sensibilité sans égale, le chorégraphe Julien Lestel et le pianiste François-René Duchâble. Ces deux virtuoses avaient déjà eu à plusieurs reprises l'occasion de travailler l'un avec l'autre et s'étaient mutuellement appréciés. Il n'en fallait pas plus pour faire naître un chef d'œuvre qui restera à jamais gravé dans les mémoires de ceux qui ont eu la chance de pouvoir le contempler. On avait pu apprécier à diverses occasions le talent du chorégraphe Julien Lestel (voir dans ces mêmes colonnes les critiques de Corps et âmes en février 2013 et de Puccini en Janvier 2014). Quant à la réputation de François-René Duchâble, elle a depuis longtemps dépassé nos frontières. Bien qu'il ne s'agisse aucunement d'une confrontation, on pouvait tout de même se demander lequel de ces deux "monstres sacrés" allait l'emporter ou, plus exactement, si la musique allait prévaloir ou non sur la danse. Il faut bien reconnaître que, par instants, l'on avait envie de fermer les yeux, tant les sonorités exquises, suaves et délicates émanant du piano, le moelleux et le doigté de l'interprète, sa maestria, son jeu tout en nuances nous ravissaient, sa musique s'infiltrant et enivrant notre corps jusqu'aux tréfonds de notre âme.

Mais il faut dire aussi que la gestuelle imprimée par le chorégraphe sur les trois danseurs était tellement gracile et raffinée, tellement proche de la partition musicale, tellement chargée d'émotion qu'il était impossible de ne pas garder les yeux grands ouverts sur le fascinant spectacle qui nous était donné de voir sur la scène. Ce, d'autant qu'un véritable dialogue s'établissait en permanence entre pianiste et danseurs, et que le langage de la danse académique seyait à merveille aux fragments musicaux retenus de concert par les protagonistes de ce merveilleux ballet. Qu'il s'agisse des études de Chopin ou de Scriabine, des fragments de sonates de Beethoven, de l'impromptu N° 8 de Schubert ou de la fantaisie en ré mineur de Mozart, tous étaient prodigieusement mis en valeur par une chorégraphie d'une ineffable beauté. Cette dernière, d'une richesse et d'un éclectisme étonnants, s'adaptait parfaitement aux différents tempi de la musique, puissante ou explosive et acrobatique sur les accents forts de la partition, pleine de douceur et de sérénité lorsque celle-ci redevenait calme et lourdement chargée d'émotion.

Une rencontre artistique fascinante comme on aimerait en voir plus souvent.

J.M. Gourreau

Anastylose / Julien Lestel, avec François-René Duchable au piano, Opéra de Massy, 15 mars 2014.

* L'anastylose est un terme utilisé en archéologie pour désigner la technique de reconstruction d'un monument en ruines grâce à l'étude minutieuse et méthodique de l'ajustement des différents éléments retrouvés sur place qui composent son architecture. Et Julien Lestel, dans ce spectacle, d'établir  un parallèle entre l'anastylose et la danse dans notre vie...

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