Julien Lestel / Constance / Un pari osé

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Julien Lestel :

Un pari osé

 

C'est un véritable défi auquel s'est prêté Julien Lestel en tentant de raconter l'histoire de L'amant de Lady Chatterley d'après le roman de D.H. Lawrence par le truchement de la danse classique et ce, sans aucun décor, sur une musique répétitive, en l'occurrence de Philip Glass. Une musique cataloguée par ses détracteurs comme superficielle et sans âme. Ce qui pourrait se comprendre car cette musique, encore appelée minimaliste, est fondée sur la répétition dans le temps de très courts motifs mélodiques, rythmiques ou harmoniques, voire d'un son unique. Une musique par conséquent qui ne porte en elle que peu de choses mais qui, par la répétition de ses phrases, peut appuyer ou renforcer une idée, un sentiment, une action. Ce qui, à bien y réfléchir, convient parfaitement à cette histoire, somme toute banale, contribuant à étayer et exalter l'action évoquée par la danse. Il s’agit en effet de l'aventure d'une jeune femme mariée, Constance Chatterley, dont le mari, riche propriétaire terrien, est devenu, au cours du temps, infirme et impuissant. La frustration sexuelle éprouvée par Constance dirigera ses pas et son cœur vers un jeune et beau garde-chasse, Mellors, avec lequel elle s'acoquinera rapidement, trouvant en lui la force pour surmonter tous les obstacles.

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Photos Lucien Sanchez

 

 

Dans son ballet, Julien Lestel a suivi pas à pas la trame du roman, le découpant en dix tableaux parfaitement lisibles, chacun d’eux accompagné de la partition la plus appropriée de Phil Glass, différents extraits de Company I à IV, Akhnaten Prelude, Violin Concerto I & II, Glassworks islands, The civil war et Concerto fantasy for timpanists, une œuvre orageuse peu connue de ce compositeur, rehaussant l’impuissance, les sentiments de colère, voire de rage animant le mari de Constance. Sur le plan chorégraphique, les motifs élaborés par Lestel illustrent particulièrement bien les sentiments exprimés par les différents personnages, en particulier le désespoir, l’amour et la volupté, notamment par les ondulations et la légèreté, je dirais même l’immatérialité, des ports de bras de Constance ou, plutôt, des différentes Constance car le chorégraphe avait pris soin, pour renforcer la lisibilité et la force du propos, de dédoubler, voire détripler certains de ses personnages, décuplant ainsi l’émotion dégagée. Une œuvre envoûtante, d’une originalité, d’une esthétique et d’une précision remarquables, mettant bien en avant la sensualité de son héroïne.

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Un pari difficile et osé par conséquent, brillamment réussi grâce à l’atmosphère dépouillée et propice au rêve créée par les costumes et les lumières mais, surtout, grâce à l’excellence de ses interprètes, tant masculins que féminins, Caroline Lemière en tête ; toutefois, il l’eut été, à mon avis, davantage encore si le chorégraphe n’avait pas cherché à suivre de trop près l’incertitude subsistant dans les dernières pages du roman : celui-ci connut en effet plusieurs versions ne se terminant pas toujours de la même manière... Or Lestel résolut de ne pas prendre parti, et conçut un épilogue trop court et, à mon goût, trop brutal, laissant le spectateur dans l’expectative… On peut toutefois le lui pardonner lorsque l’on sait que ce ballet, qui date de 2009, n’était que sa seconde œuvre, et la première pour sa compagnie !

J.M. Gourreau

Constance / Julien Lestel, Opéra de Massy, 16 décembre 2015.

 

Julien Lestel / Constance / Opéra de Massy / Décembre 2015

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