Julien Lestel / Dream / Le rêve de Julien

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Photos Noël Jef

Julien Lestel :

Le rêve de Julien

 

Julien lestelC’est une œuvre tout à la fois forte, sensible et pleine de poésie que nous offre Julien Lestel avec Dream, une création contrastée, d’entrée impétueuse et flamboyante, pour s’achever, étonnamment, comme un long fleuve tranquille, dans le calme et la volupté, par un pas de deux d’une grande sensualité. "Dream nous entraîne là où logent nos désirs les plus enfouis et les plus secrets, nous dit le chorégraphe ; rêves inavoués, pulsions et passions inassouvies trouvent à s’exprimer dans ce monde propice à l’imagination. Nos peurs et angoisses s’y abritent, territoires parfois inconnus de nous-mêmes. Dans un élan viscéral, jaillit une danse d’une physicalité exacerbée et d’une sensualité vibrante". C’est effectivement le ressenti que l’on éprouve tout au long de cette pièce qui nous transporte dans un univers immatériel au sein duquel nait petit à petit le désir de l’autre, de cet être rêvé, inaccessible à l’origine, mais qui finira par se concrétiser au final.

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                                   Photo Noël Jef                                                               Photo S. Bezineau                                                              Photo S. Bezineau

Comme toujours chez ce chorégraphe, la musique tient une place capitale dans la construction de l’œuvre. Si ce Rêve est essentiellement écrit sur des partitions du compositeur islandais Jóhann Jóhannsson - mort prématurément l’année dernière à l’âge de 48 ans - et pour lequel la beauté de la musique était le fruit de contrastes et d’oppositions ancrés tout autant entre la douceur et la violence, qu’entre la chaleur de l’acoustique et la froideur de l’électronique, Julien Lestel a également fait appel à Yvan Julliard, un jeune compositeur qui est aussi danseur dans sa compagnie depuis 2011. Tout en s’imprégnant des musiques de Jóhann Jóhannsson, celui-ci a su créer une partition impétueuse et fougueuse, s’accordant parfaitement avec son univers. On ne peut pas vraiment dire que celle-ci, au début du spectacle tout au moins, nous ouvre réellement la porte au rêve du fait de sa puissance catalysée par le flamboiement des lumières concoctées par la calédonienne Lo-Ammy Vaimatapako, lesquelles auraient plutôt tendance à nous ouvrir les portes de l’enfer. Mais il n’en demeure pas moins que la chaleur de l’atmosphère, créée concomitamment par la musique et une scénographie totalement épurée, nous embarque dans un autre monde, tremplin à celui d’un rêve dans lequel le spectateur va bientôt sombrer. J’ai toutefois moins aimé l’insertion, entre deux pièces de Jóhann Jóhannsson, de la chanson de Nina Simone, I get along without you very well, choix qui pouvait s’expliquer par l’illustration d’un solo d’une grande sobriété, confié à Alexandra Cardinale, ex-danseuse soliste de l’Opéra de Paris invitée régulièrement par le chorégraphe, mais qui affaiblissait l’atmosphère préétablie.

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Photos Marc Chambon

Quant à la chorégraphie, si l’on retrouve la technique un peu alambiquée de l’auteur de  La jeune fille et la mort, de Misatango, de Constance ou du Boléro, on peut toutefois noter une évolution stylistique, dans le sens d’une plus grande liberté d’expression et, peut-être aussi, d’une attention plus soutenue dans la composition des tableaux et la géométrie spatiale, notamment dans la construction dans cette création de pas et variations en miroir du plus bel effet. L’œuvre se terminait d’une façon aussi étonnante qu’inattendue par un pas de deux fort original, corps à corps aussi sensuel que charnel, aboutissement d’un désir amoureux que l’on avait pu voir naître et s’exalter tout au long du spectacle. Magistral.

J.M. Gourreau

Dream / Julien Lestel, Opéra de Massy, 2 avril 2019.

 

Julien Lestel / Dream / Opéra de Massy / Avril 2019

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