Julien Lestel / La Jeune fille et la Mort / Quand Phil Glass détrône Schubert

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La Jeune fille et la Mort

Photos Cécile Manoha

 

 

Julien Lestel :

Quand Phil Glass détrône Schubert

 

Les deux atouts majeurs de Julien Lestel sont d'une part son écoute minutieuse de la musique et sa retranscription fidèle par le mouvement, d'autre part sa gestuelle fluide et emphatique, voluptueuse, toute en rondeurs. Si cette gestuelle peut paraître une évidence dans la transcription pour le ballet d'œuvres romantiques comme La Jeune fille et la Mort de Schubert, elle l'est beaucoup moins pour celle de partitions plus contemporaines comme les quatuors de Philip Glass. C'est pourtant ce que l'on a pu constater avec beaucoup de bonheur lors de la soirée de créations donnée dernièrement à l'Opéra de Massy où Lestel est en résidence avec sa compagnie de 10 danseurs.

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La Jeune fille et la Mort - Photo Didier Contant

La Jeune fille et la Mort est une œuvre qui se prête particulièrement bien à sa traduction par la danse et l'on a d'ailleurs pu en voir deux versions, l'une créée par Thomas Lebrun en mars 2012 à Chaillot (voir mon analyse de ce spectacle dans ces mêmes colonnes lors de sa présentation à Vitry en juin 2012), l'autre beaucoup plus récente, celle de Stephan Thoss pour les Grands Ballets Canadiens, donnée tout récemment à Chaillot en mars dernier. La version de Julien Lestel confronte la Jeune fille, la fort belle danseuse Aurora Licitra, à neuf personnages incarnant tous la Mort. Mais celle-ci n'en trépassera pas pour autant. Le ballet, calqué sur le poème de Mathias Claudius qui a servi de trame à Schubert, narre l'histoire de cette jeune fille naïve qui va finalement se laisser amadouer par ses assaillants. Le début de l'œuvre, magistralement interprétée par des artistes au mieux de leur forme, suit pas à pas la partition musicale, jouée en live par le quatuor à cordes de l'orchestre de l'Opéra de Massy sous la houlette de son premier violon Guillaume Plays. Bien évidemment cela donna une couleur particulière à la danse, les musiciens galvanisant les danseurs. Une gestuelle ample, coulée, faite d'avancées et de mouvements chassés en retrait, surtout chez la Jeune fille qui exprimait fort justement la crainte et la peur avant de dominer ses sentiments et de se confronter avec force à l'adversité. Un très beau ballet au romantisme exacerbé qui fait honneur à son auteur.

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Quartet - Photos Cécile Manoha

 

On s'attendait à un contraste assez violent avec Quartet, création sur les quatuors à cordes de Philip Glass nos 3, 4 et 5, eux aussi interprétés en live par le Quatuor à cordes de l'orchestre de l'Opéra de Massy. Si ce fut le cas pour la musique répétitive de Glass, il n'en a rien été pour la chorégraphie, Julien Lestel ayant adopté le même style que pour la Jeune fille et la Mort. Il faut avouer que cela convenait parfaitement à cette musique, ce qui peut s'expliquer par le fait que pour le chorégraphe, il existe une relation assez étroite entre les deux œuvres: "Quartet a pour thème le collectif, explique t'il, et finalement, la Jeune fille et la Mort aussi. Au départ, la jeune fille est isolée face à la mort, elle a comme une sorte de rejet envers celle-ci. Puis elle l'apprivoise pour conférer une action commune entre les personnages que représentent la Mort elle-même. Quartet parle de ce thème également et le développe ". En effet poursuit Lestel, dans la société actuelle, les gens sont isolés malgré les nouvelles technologies et les réseaux sociaux qui devraient nous permettre de communiquer plus facilement les uns avec les autres ;  mais l'on reste toutefois chacun dans son propre monde. Il semble qu'aujourd'hui, les hommes ont de nouveau besoin de communiquer, d'établir des liens plus étroits entre eux, des relations moins légères, de partager des idées communes pour avancer. Quartet montre un groupe d'artistes qui joue et danse ensemble à l'unisson dans un esprit de partage, dans la joie et la félicité.

J.M. Gourreau

La Jeune fille et la Mort & Quartet / Julien Lestel, Opéra de Massy, 18 et 19

 

Julien Lestel / La Jeune fille et la Mort / Opéra de Massy / Avril 2007

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