Julien Lestel / Puccini / Rêve d'enfant

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               Ph. D. Kirscher                                                                Ph. C. Manoha                                                                 Ph. D. Kirscher 

Julien Lestel :

Rêve d'enfant

 

Un ballet autour de Puccini, pourquoi pas ? Il y a fort longtemps que cette idée trottinait dans la tête de Julien Lestel. Un jour qu'il prenait son cours de danse quotidien à l'Opéra de Paris, la pianiste qui accompagnait la leçon esquissa une transposition de "O mio babbino caro", l'un des airs les plus célèbres de l'Opéra de Puccini, Gianni Schicchi. Ce fut une véritable révélation pour notre petit rat, qui, dès lors, chercha toutes les occasions pour assister aux représentations des ouvrages lyriques de ce compositeur, Madame Butterfly, Tosca ou La Bohème bien sûr, mais aussi d'autres opéras moins connus, tels que La Rondine, Suor Angelica ou Gianni Schicchi. Et, à chacune de ces représentations, son intérêt pour la musique de Puccini devenait plus prégnante; son besoin de faire partager et de traduire par le geste l'émotion qu'il éprouvait à son écoute grandissait.

L'occasion lui fut donnée de réaliser son rêve il y a à peine deux ans en proposant à ses danseuses d'incarner chacune un des personnages principaux de certains opéras de Puccini, ce en fonction de leur caractère et de leur tempérament, décuplant ainsi par le geste l'émotion émanant de la cantatrice. Le résultat fut tel que la danse amena une dimension nouvelle à la voix, traduisant certains sentiments sous-jacents inexprimés par l'art lyrique, augmentant par conséquent la lisibilité de l'œuvre. Un équilibre parfait parvint d'ailleurs à certains moments à s'établir entre les deux interprètes d'un même personnage, allant parfois jusqu'à l'osmose. L'exemple peut-être le plus frappant fut celui de Manon dont on vécut littéralement le déclin, ses forces l'abandonnant petit à petit avant de trouver, au bout de son chemin, la Mort incarnée par trois danseurs en noir dont la froideur seule donnait des frissons. Autre idée de génie du chorégraphe, celle de démultiplier ses personnages pour contrebalancer la partie lyrique lorsqu'elle était interprétée par des chanteurs de grande puissance. Ainsi en a t'il été du prince Calaf de Turandot dans la version de Luciano Pavarotti, incarné sur scène avec subtilité par deux des meilleurs danseurs de la compagnie. La soirée était évidemment bâtie de façon à ce que l'émotion ressentie par le public aille crescendo, les airs les plus poignants et les plus connus, se trouvant placés dans la dernière partie du spectacle. D'où cette apothéose avec La Tosca dans laquelle le chorégraphe réalisa une mise en scène aussi rigoureuse que somptueuse avec toute sa compagnie : la danse, très imagée, s'avéra en parfait accord avec la scénographie, révélant également les talents de Julien Lestel en tant que metteur en scène.

Voilà donc à nouveau un ballet qui fait honneur à son auteur. Si les extraits musicaux judicieusement choisis présentent au public la diversité du répertoire de Puccini, ils mettent aussi en avant la beauté, la majesté et la puissance de l'œuvre d'un compositeur au romantisme exacerbé, ce qui résultait clairement de la volonté du chorégraphe. Et l'on en vient à se demander si Julien Lestel ne pourrait poursuivre sur cette lancée en adaptant un opéra complet à l'art de Terpsichore, et pourquoi pas justement La Tosca ?

J.M. Gourreau

Puccini / Julien Lestel, Opéra de Massy, 16 et 17 janvier 2014.

                  Ph. C. Manoha                                                                                                                                          Ph. J.-Danan        

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Julien Lestel / Puccini / Opéra de Massy / Janvier 2014

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