Julien Lestel / Transmission / L'art du maître

Julien Lestel :

L'art du maître

 

Voilà une idée aussi originale que peu exploitée, en l'occurrence celle de présenter à son public son art, à savoir celui de chorégraphe, au travers d'un ballet élaboré pour la circonstance ! On ne se rend effet que rarement compte des trésors d'imagination, de patience, d'attention et de ténacité qu'il faut déployer à chaque instant entre le moment de la conception de l'œuvre et son aboutissement sur scène. De la somme de travail nécessaire et du "métier" pour faire passer son message, pour le rendre crédible et perceptible par tous. Tel est le sujet de Transmission, la dernière création de Julien Lestel qui interprète avec brio son propre rôle en compagnie de ses danseurs. Une œuvre qui présente le chorégraphe sous ses différentes facettes mais qui, surtout, révèle ou met l'accent sur son style si particulier, fluide et alambiqué tout à la fois, et qui engage le corps entier, le tord, le replie, le détend, le projette dans l'infini... Ses enchaînements sophistiqués mais d'une grande musicalité sont toujours très signifiants, et sa gestuelle, d'une grande expressivité, parle d'elle-même.

Le rideau s'ouvre sur un pas de  deux tout en finesse et en douceur entre le chorégraphe et son interprète, pièce d'anthologie qui révèle la très grande humanité de son auteur. Ebauche de pas reprise par l'interprète, corrigée par Juien qui l'embarque dans son mouvement. Un jeu de questions - réponses s'engage auxquelles, bientôt, l'interprète insuffle son âme tout en se coulant dans le moule qui lui est offert. Petit à petit, les autres danseurs s'approchent les uns à la suite des autres, entrent dans le "jeu", se laissant guider par le chorégraphe qui ébauche sur eux les gestes issus de ses entrailles et de son vécu, les adaptant à la personnalité de chacun. Un dialogue émouvant basé sur l'écoute, le ressenti intime, la connivence, le partage. Tout semble couler de source avec beaucoup de naturel. L'œuvre s'ébauche peu à peu avec évidence, soutenue par la musique toute en douceur de Max Richter. La transmission est instinctive, l'âme du chorégraphe passant avec bonheur, calme et sérénité dans celle de ses interprètes, conquis. Quant au public, il se laisse aller, entrant peu à peu lui aussi dans le jeu, goûtant avec félicité et volupté cette œuvre qui s'ébauche comme un peintre construit son tableau pour, finalement, prendre son essor sous ses oreilles et sous ses yeux, comme par magie, avec une spontanéité et une dextérité étonnantes. Au fond, est-ce vraiment aussi difficile que cela d'être artiste-chorégraphe ?

 J.M. Gourreau

Transmission / Julien Lestel, Opéra 

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