Junior Ballet Contemporain / La grande classe / Conservatoire National de danse de Paris

 Les Noces Ph. L. Philippe

Junior Ballet Contemporain :

 

 

 

 

La grande classe

 

 

Il est encore des lieux trop méconnus et peu fréquentés par les ballétomanes où, pourtant, il se donne des spectacles d’une très grande qualité, tant en danse classique qu’en danse contemporaine. Le Conservatoire National Supérieur de Danse de Paris, sis à la Villette, est de ceux-là. Le spectacle du Junior Ballet Contemporain en apporte une nouvelle fois la preuve. Trois œuvres au programme dont deux créations, l’une de Serge Ricci et Fabien Almakiewicz, l’autre de Yuval Pick, et une reprise, celle de Noces de Preljocaj. Cette œuvre pour 10 interprètes, 5 filles et 5 garçons, est vraisemblablement l’une des plus belles de ce chorégraphe. S’il évoque bien sûr un mariage, c’est aussi un rituel sacrificiel symbolisant la puissance et la domination du mâle...

Ce qui, tout d’abord, força l’admiration, ce fut l’extraordinaire qualité de l’interprétation qu’en donnèrent les interprètes (dont on aurait bien aimé connaître les noms, lesquels n’étaient pas mentionnés dans le programme…), d’un ensemble et d’une précision à vous couper le souffle. Et là, il faut rendre hommage à Sylvia Bidegain qui eut la lourde tâche de faire répéter cette œuvre. S’il faut garder à l’esprit que ces jeunes danseurs avaient très précisément l’âge requis pour interpréter cette pièce, il faut aussi souligner la rigueur dont ils firent preuve, tout en s’exprimant avec fougue, vivacité et entrain, sans faire abstraction de la tendresse et l’humour contenus dans le ballet. Il est toutefois dommage qu’il ait été dansé sur une musique enregistrée, alors que les quelques chanteurs et musiciens nécessaires à l’interprétation de la partition auraient fort bien pu être invités du Conservatoire de musique du même établissement…

Les deux créations proposées avaient pour but de mettre en valeur d’un côté les interprètes féminines, de l’autre, les interprètes masculins. Serge Ricci et Fabien Almakiewicz conçurent, pour les  danseuses, une pièce étonnante, Indivision, dont le thème évoque les tiraillements, tensions et déchirements que peuvent susciter un héritage dans l’indivision. Un cadeau certes empoisonné qui risque d’engendrer la guerre mais dont les protagonistes, grâce à leur sagesse, vont se départir avec sérénité en rétablissant la paix, l’ordre et la fraternité. Une œuvre étonnante aussi de par sa musicalité et sa construction, de par son écriture instantanée faisant appel à une mémoire organique que les interprètes ont développée, une danse libre qui part de l’obscur pour aller vers la couleur et la lumière, celle d’un jardin merveilleux au sein duquel les corps vont pouvoir s’accomplir.

The Him de Yuval Pick qui clôturait le programme est une pièce pour six danseurs, plus légère mais très physique, mettant en valeur la souplesse et la virtuosité de ses interprètes. Joutes amicales sur un ring dans une atmosphère collégiale de franche camaraderie des années 80 sur une entraînante musique rock du groupe « New order ». Une chorégraphie volontairement répétitive imprimée par le rythme qui, bien que n’apportant pas grand-chose, donne cependant du baume au cœur.

J.M. Gourreau

 

Noces / Preljocaj, Indivision / S. Ricci et F. Almakiewicz et The Him / Y. Pick, Conservatoire National de Danse de Paris, La Villette, Décembre 2010.

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