Kader Attou / Allegria / Une énergie primesautière

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                                                  Photo Pierre Meunié                                                                                                        Photo Mirabelwhite

Kader Attou :

Une énergie primesautière

 

Portrait kaderattou ccn la rochelleQue de joie, de virtuosité, d’énergie et d’entrain dans ce spectacle truffé de trouvailles, qui célèbre les 30 ans de la compagnie Accrorap. Allegria est en effet une pièce comme on n’en avait pas vu depuis The Roots, une pièce dominée par la fraternité mais, aussi, par l’allégresse, la joie de vivre et de danser, entièrement portée par le hip-hop, sans mélange de style. A l’inverse d’Athina, spectacle dans lequel Kader Attou avait intégré de la danse classique ou, encore, d’Anokha, dans lequel il avait fait appel à une danseuse indienne. Et, ma foi, en ces temps qui courent, pas toujours faciles à vivre, c’est fichtrement  agréable, même si l’œuvre ne repose sur aucun argument, car elle nous enveloppe de sa poésie, nous abandonnant à notre imagination. Il ne faut pas vouloir y chercher autre chose, simplement se laisser aller au plaisir de partager, avec des danseurs qui défient la pesanteur, ce rare moment de bonheur et de félicité. Et quels danseurs ! Ils sont huit, tous plus étonnants les uns que les autres, chacun dans sa spécialité, que Kader Attou a su mettre en valeur avec beaucoup de bonheur. Je pense notamment à deux d’entre eux, Jackson Ntcham, un colosse d’une virtuosité étonnante, acoquiné - dans le ballet tout au moins - avec un pince-sans-rire, vétéran de la compagnie, Maxime Vicente. Tous deux ont le diable au corps mais la danse dans le sang. Le duo qu’ils forment dans la pièce tient parfois des sketches de Laurel et Hardy…

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                                                 Photo Justine Jugnet                                                                                                           Photo Mirabelwhite    

Pas d’histoire donc mais une suite de séquences enjouées, souvent fort drôles, en tout cas pleines de poésie et d’inventivité, réglées sur une partition musicale originale de Régis Baillet, Diaphane, judicieusement saupoudrée de fragments de Philip Glass et de René Aubry. Parmi ces séquences s’en dégagent particulièrement deux : la première, qui revient aussi à l’issue du spectacle, apparentée à de la prestidigitation, met inévitablement en scène une mystérieuse valise, du "ventre" de laquelle s’échapperont tour à tour lors de son ouverture, des jambes, une tête puis un corps tout entier, ce, bien entendu, par le truchement d’une danse habile et talentueuse comme lui seul en a le secret… Séquence drolatique voisinant avec une autre, plus poétique, évoquant des virtuoses du surf se jouant des vagues d’une mer déchaînée, délicieusement mises en valeur par les lumières de Fabrice Crouzet… On pense inévitablement à Philippe Genty ou, encore, à James Thierrée. Très originale, l’écriture chorégraphique conjugue la tendresse à la virtuosité et à l’humour, apanage  également de cette "danse des épaules", d’une originalité à vous couper le souffle…

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Photo Justine Jugnet

Bref, voilà un spectacle pour les jeunes de 7 à 77 ans, aussi théâtral que dansé, d’une ineffable poésie et d’une non moins grande légèreté, nourri par le 7ème art et le mime, tutoyant l’imagination et le rêve. Une danse burlesque mais pleine de tendresse et d’humanité, qui interroge son époque et qui s’avère, au bout du compte, une ode à la joie mais, surtout, un pied de nez à  la violence qui déferle aujourd’hui sur notre monde.

J.M. Gourreau

Allegria / Kader Attou et la Compagnie Accrorap, Théâtre National de la danse Chaillot, du 23 novembre au 5 décembre 2019. Soirée du 29 novembre parrainée par l’UNICEF dans le cadre des droits de l’enfant.

 

Kader Attou / Allegria / Théâtre de Chaillot / Novembre 2019

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