Kader Attou / Danser la 3ème Symphonie / Un chantier déjà bien élaboré

 

Kader Attou :

 

Un chantier déjà bien élaboré

 

Photos J.M. Gourreau 

Danser du hip-hop sur la 3ème Symphonie de Gorecki pouvait sembler une véritable gageure ! En effet, cette musique s’avère tellement poignante qu’elle se suffit à elle-même, ne pouvant le plus souvent s’écouter que les yeux fermés... Or, c’est précisément le choc qu’elle a provoqué chez Kader Attou il y a maintenant 14 ans qui l’a décidé à s’en servir comme support de sa prochaine création. Cette musique aussi émouvante que pathétique lui trottinait en effet régulièrement dans la tête comme un leitmotiv, le contraignant à approfondir un peu plus chaque jour l’émotion dont elle est empreinte, au point qu’elle en devint une vraie compagne et qu’il chercha à être totalement disponible pour elle. Un jour, ne pouvant plus tenir, il se rendit en Pologne pour rencontrer le compositeur et se jeta à l’eau. Aujourd’hui, il faut bien convenir que le résultat annihile non seulement les craintes mais dépasse les espérances !

D’origine polonaise, Henryk Gorecki, écrivit cette symphonie en 1976, trente ans après la libération des camps nazis. C’est précisément la tristesse et la nostalgie qui en sont l’âme qui touchent inconsciemment l’auditeur au plus profond de lui-même. Or, dans sa grande sagesse, Kader Attou a su trouver un équilibre entre la partition et son travail, respectant les moments de grande intensité dramatique par l’élaboration d’une chorégraphie composée de variations au ralenti, chargées d’un pathos extrême, pour régler de purs mouvements de hip-hop lorsque l’intensité émotionnelle de la musique devenait moins prégnante.

C’est dans un état d’inachèvement que deux des mouvements de l’œuvre, le premier et le troisième, ont été présentés, en sortie de résidence, au public de Vitry, la pièce chorégraphique devant être créée cet été au Festival de Montpellier, avant sa présentation au Théâtre de Chaillot en novembre. Curieusement, le premier mouvement, le plus abouti, m’apparut moins percutant que le troisième, plus fragile et plus touchant, s’ouvrant, il est vrai, sur un immense espoir. Au plan chorégraphique, Kader a amené ses danseurs à rester dans leur identité tout en cherchant des points de rencontre, travaillant sur les différences qui les lient et les rassemblent. « Nous sommes tous faits de rencontres » expliquait t’il. Ce qui fascine, c’est toute la retenue dont l’œuvre chorégraphique est imprégnée, laissant toujours la primeur à la musique. En effet, la liberté de l’écriture chorégraphique n’a d’égale que l’harmonie et la luminosité de l’œuvre musicale. La gestuelle utilisée est très liée, moelleuse, continue, sophistiquée dans les temps forts, chargée d’une grande tendresse dans les parties chantées, suivant aveuglément la construction musicale. Une réussite exemplaire en tous points.

 

J.M. Gourreau

 

Danser la 3ème symphonie / Kader Attou, Théâtre Jean Vilar, Vitry / Seine, Mars 2010.

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