Kader Attou / Les autres / Pour les autres

Lesautres kaderattou juliecherki 7Lesautres kaderattou 01 juliecherki 8Lesautres kaderattou juliecherki 4

Photos Julie Cherki (cliquer sur les photos pour les agrandir)

Kader Attou :

Pour les autres    

                    

Kader attou drKader Attou est un chorégraphe qui a toujours été très sensible à toute forme d’art quelle qu’elle soit, la danse bien sûr mais aussi la musique, le théâtre et la peinture… arts qui, pour lui, ont entre autres le pouvoir de faire oublier à l’Homme les vicissitudes de l’existence. Sa dernière création, une pièce aussi insolite qu’attachante, aurait sans doute pu être intitulée Pour les autres, et pas seulement, Les autres. En effet, ce spectacle qui a pris forme au cours de la COVID, avait bien évidemment pour but celui de satisfaire un brin la soif de liberté que pouvait éprouver le spectateur lors du confinement, mais aussi de le distraire, de l’émerveiller et, surtout, de lui révéler et de lui faire partager toute la profondeur, la richesse et la diversité du mouvement surréaliste : cet art né à la fin de la Première Guerre mondiale, en s’opposant à toute forme d’ordre moral et social, laissait s’exprimer les forces du rêve et du désir, leur donnant la possibilité de parvenir aux frontières de l’imaginaire et de créer des chimères.

Né de la rencontre entre le chorégraphe et deux étonnants musiciens, Loup Barrow au Cristal Baschet et Grégoire Blanc au thérémine*, cette pièce a l’heur de créer un macrocosme étrange et déroutant qui cristallise le souhait de Kader, celui "de travailler des univers fantasques à partir d’une matière brute qui sort de l’ordinaire en explorant le potentiel de ces instruments étranges, tout comme celui de chaque danseur, pour faire émerger ce qui le rend unique dans sa virtuosité, sa fantaisie, sa capacité à jouer, prendre la parole et raconter". C’est ainsi que le chorégraphe est revenu à ses premières amours, "réinventer des lieux et des histoires en détournant des objets ou des situations de la vie quotidienne, en jonglant avec l’intensité, l’abstraction mais aussi l’absurde et la théâtralité".

Attou kader les autres 15 sceaux 03 12 21Attou kader les autres 50 sceaux 03 12 21Attou kader les autres 35 sceaux 03 12 21

Photos J.M. Gourreau 

Le rideau s’ouvre sur une métropole sombre et austère au sein de laquelle s’élèvent nombre de gratte-ciels froids et impersonnels, mais non dénués d’une certaine beauté, évoquant la peinture de Soulages. Tours qui sculptent avec logique un espace pour le moins réduit tout en créant un paysage au sein duquel évolue une humanité suspicieuse et perdue mais qui cherche à se retrouver : celle-ci est incarnée par six danseurs, tous exceptionnels, qui vont finir par établir un dialogue, à deux d’abord, ensemble par la suite, tout comme le font les deux musiciens solistes avec le compositeur Régis Baillet. Au cours de leur périple entre rêve et réalité, ces personnages vont croiser des êtres aussi fantastiques qu’insolites, un homme sans tête ou une femme à tête de lampe de chevet coiffée de son abat-jour par exemple, tout droit sortis de l’univers d’un Magritte ou d’un Dali. Voire encore une cohorte de personnages hitchcockiens, tout de noir vêtus, symbolisant sans doute les forces du mal. La chorégraphie, mélange de contemporain et de hip-hop, est truffée de difficultés, en particulier dans les pas de deux qui, tout en laissant parler leurs interprètes et en établissant de solides liens entre eux, restent aussi poétiques qu’harmonieux. Certains soli le sont d’ailleurs tout autant, tel celui dans lequel Capucine Goust danse avec son ombre, d’une fluidité étonnante et dans lequel on retrouve d’ailleurs sa griffe. Un mélange d’écritures qui, intrinsèquement, met en avant l’extraordinaire travail de tous les interprètes. Un magistral élan de poésie dans l’exploration d’un univers certes un peu sombre mais auréolé de lumières d'une fabuleuse beauté, miroir diamétralement opposé au jardin enchanté dans lequel évolue Alice au pays des merveilles peut-être, mais qui reflète bien le monde dans lequel il nous est donné aujourd’hui d’évoluer.

J.M. Gourreau

Les Autres / Kader Attou, Les Gémeaux, Sceaux, du 3 au 5 décembre 2021, dans le cadre du Festival Kalypso. Spectacle créé à Décines le 30 septembre 2021.

*Le Cristal Baschet ou "orgue de cristal" est un instrument de musique contemporain mis au point en 1952 par les frères Baschet. Il comporte un clavier constitué de 54 baguettes de verre que le musicien caresse de ses doigts humidifiés et qui, par des effets de vibrations, crée dans l’espace une sculpture sonore fascinante.

Le thérémine est un instrument inventé en 1920 qui, comme la scie musicale, n’a qu’un seul timbre. Il se compose d’un boitier renfermant un oscillateur à tubes électroniques qui produit un signal électrique, et de deux antennes dont l’une commande le volume, et l’autre, la hauteur de la note. Cet instrument dont on joue sans le toucher, produit des mélodies éclatantes évoquant une voix féminine d’une pureté exceptionnelle.

 

Kader Attou / Les autres / Sceaux / Décembre 2021

Ajouter un commentaire