Kader Attou / The roots / Fulgurance

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Ph. J. Garcia

Kader Attou :

Fulgurance

 

A l'issue du dernier spectacle, The roots, de Kader Attou, je me disais au fond de moi-même que je ne voudrais pas être à la place de ses danseurs, abasourdi par ce que je venais de voir... Qui aurait pu croire en effet que l'on puisse enchaîner avec un tel brio et un rythme aussi soutenu autant de variations de virtuosité durant une heure et demie, qui plus est avec une telle aisance et une telle joie de vivre ? Il est vrai que le chorégraphe dont la carrière débuta il y a tout juste 30 ans et qui est l'un des premiers mais aussi l'un des plus célèbres danseurs de hip hop de notre époque, n'a sans doute pas eu trop de difficultés à engager dans sa troupe les plus brillants interprètes du moment...

Si The roots est une pièce dont le but, avoué ou non, est de magnifier le hip hop depuis ses origines, d'où son titre, c'est aussi et surtout une rétrospective du travail de la compagnie Accrorap, fondée à la fin des années 80. En effet, l'œuvre fait appel à l'histoire et au parcours non seulement du chorégraphe mais aussi à ceux de chacun des danseurs avec leurs singularités, leur personnalité et leurs richesses. Un voyage dans le temps qui débute comme dans un rêve, un personnage - image du chorégraphe sans doute - affalé dans un fauteuil de salon devant une table sur laquelle un vieil électrophone laisse égrener quelques mélodies d’un temps révolu. Au fil des heures, son passé lui revient petit à petit, guidé par quelques mélodies de son enfance, comme le célèbre Melocoton de Colette Magny, voire quelques pièces de musique plus contemporaine, tel The secret agent ending, envoûtant solo pour violoncelle de Phil Glass. A ce titre, il faut souligner l'extraordinaire musicalité du chorégraphe dont les œuvres ne s'avèrent pas seulement une suite d'exercices de style ou de démonstrations de virtuosité pure mais de véritables ballets parfaitement structurés, au sein desquels la musique prend nécessairement une importance considérable. Une qualité bien évidemment très apparente qui masque cependant le fait que les différentes parties de l'œuvre s'enchaînent fort harmonieusement. Celle-ci est également empreinte d'une très grande humanité, laquelle entraîne une réelle connivence entre les interprètes. Il faut avouer toutefois que tout a été minutieusement élaboré sur chacun d'eux avant d'être judicieusement réuni à la manière d'un puzzle sans que l'on puisse en deviner les jointures.

The roots est également parsemé de moult petits détails qui peuvent parfois intriguer le spectateur, tel ce fauteuil de salon délibérément bancal devant une table elle aussi bancale, lesquels s'accordent d'ailleurs parfaitement avec les nombreuses attitudes en déséquilibre des danseurs et le déplacement « magique » du mobilier sur la scène. Une évocation peut-être des vicissitudes de la vie dont les chemins s'avèrent souvent plus tortueux qu'on le souhaiterait… Non moins originaux également ces jeux d'ombre issus d'un étonnant zapatéado rappelant que le hip hop a beaucoup évolué depuis sa naissance, se nourrissant de diverses cultures et subissant de nombreuses influences avant d'en arriver à son stade actuel. Bref, une pièce d’une très grande richesse bien qu’un peu longue mais qui mérite toutefois d’être contemplée avec une grande attention sans se laisser subjuguer par les étonnantes et permanentes prouesses des danseurs.

J.M. Gourreau

The roots / Kader Attou, Les Gémeaux, Sceaux, 29 & 30 avril 2014.

Kader attou 02Prochaines représentations :

- 13 mai, Albi, Scène Nationale,
- 15 mai, Rodez, La Baleine,
- 17 mai, Florac, Mende Scènes Croisées,
- 21 et 22 mai, Brest, Scène Nationale,
- 27 mai, Aubusson, Scène Nationale

Kader Attou / The roots / Sceaux / Avril 2014

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