Kaguyahime / Jiri Kilian / Un univers envoûtant

Photo A. Deniau

Jiri Kylian :

 

Un univers envoûtant

 

Le Ballet de l’Opéra de Paris vient de s’enrichir d’une nouvelle œuvre, et non des moindres, Kaguyahime de Jiri Kilian que l’on avait pu voir avec la propre compagnie du chorégraphe en avril 1991 sur la scène du Palais Garnier. L’histoire, aussi simple que belle, évoque l’épopée d’une divinité nipponne, la princesse lunaire Kaguyahime, condamnée à expier ses fautes sur terre, parmi les hommes. Et, bien sûr, sa beauté déchaînera jalousies et combats, attisant les passions, dont celle de l’empereur qui ne parviendra cependant pas à la conquérir. A l’époque, l’œuvre avait créé un véritable choc du fait de son épure, de la puissance de la musique mais aussi de la force de sa chorégraphie.

Créé par le Nederland Dans Theater à la Haye en 1988, ce chef d’œuvre onirique doit sans doute son succès à l’intrication des deux cultures, occidentale et orientale. Mais également au fait que cette belle histoire a exercé une véritable fascination  sur le chorégraphe. Sans doute a t’il également été séduit par la prodigieuse énergie et la force de la musique qui émanaient des tambours Kodô de l’île de Sado que l’on avait pu découvrir sur les scènes européennes à la même époque. Toujours est-il que ce ballet se révèle réellement hypnotisant du début à la fin, par sa mise en scène, la pureté de ses lignes et sa musique d’abord mais aussi par la présence hypnotisante de Kaguyahime, interprétée, dans le spectacle qui m’a été donné de voir, par Alice Renavand, sujet à l’Opéra. Sa prodigieuse présence, au début de l’œuvre notamment, son rayonnement, sa façon de s’emparer de son personnage auréolaient l’œuvre d’un parfum de mystère subjuguant. Sa danse, calme et pleine de sérénité, apanage de la philosophie japonaise, pouvait également s’avérer d’une violence intérieure sourde mais contenue, reflétant avec un réalisme saisissant les tourments qui la tenaillaient. Etonnant pour une artiste qui n’avait pas encore acquis la maturité de ses aînées, Agnès Letestu et Marie-Agnès Gillot, avec lesquelles elle partageait ce rôle… Quant aux rivalités sauvages entre ses prétendants, ils ne pouvaient trouver meilleur support musical que les rythmes frénétiques de la partition de Maki Ishii, que les musiciens virtuoses - sept japonais et sept européens - exécutaient d’ailleurs avec beaucoup de brio au travers d’une véritable chorégraphie.

Il faut dire que le déferlement de ces percussions et les roulements des tambours envoûtaient littéralement le spectateur tout autant, sinon davantage que la scénographie aussi épurée que dépaysante de Michael Simon, les musiciens étant étroitement mêlés aux danseurs dans un univers aussi immatériel qu'intemporel. 

 

                                                                                                                                                                                                                        J.M. Gourreau

 

Kaguyahime / Jiri Kilian, Opéra Bastille, Juillet 2010.

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