Kaori Ito / Asobi / Beaucoup d'effervescence pour pas grand chose...

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Photos Chris-van-der-Burght

Kaori  Ito :

Beaucoup d'effervescence pour pas grand chose...

 

L'idée n'était pourtant pas inintéressante. La mise en scène, sous le regard critique des spectateurss, de toutes les activités inutiles de notre vie d'adulte aurait pu avoir un petit côté moralisateur, voire éducatif, qu'il s'agisse de flâneries, de jeux, de combats futiles ou bagarres, de danse (sic !), de sexe, de  mises  en scène plus ou moins stupides pour se faire valoir auprès des autres... "Asobi est d'ailleurs un terme japonais évoquant ce que nous faisons en marge de notre vie", nous dit Kaori Ito. "Mais il peut aussi prendre le sens de jeu dans un contexte adulte, sensuel. (...) Dans la société japonaise contemporaine, sa connotation est aussi érotique, évoquant fortement les jeux d’adultes se mettant en scène tels des enfants". Il faut dire que la chorégraphe a parfaitement sublimé les divers sens de ce mot au travers de son œuvre. Le moindre geste, la moindre attitude, la moindre séquence y fait allusion. Mais, en les collant simplement et uniquement les unes aux autres sans tenter d'en mettre en avant toute l'ineptie ou le côté ridicule, elle n'est pas parvenue à les sublimer, à en extraire la substantifique moelle, la perversité... Résultat: une pièce drôle à de rares moments mais, le plus souvent, d'une lecture chorégraphique peu évidente, désordonnée et génératrice d'un ennui profond, malgré l'originalité de son dispositif scénique qui s'avérait au bout du compte l'élément le plus intéressant de ce spectacle : un immense miroir amovible dépourvue par endroits de tain - ce qui lui donnait un petit air vieillot - tapissant le fond du plateau jusqu'aux cintres. Dispositif qui permettait aux spectateurs de se voir mutuellement et d'observer les réactions de leurs congénères sans perdre une miette de ce qui se passait sur scène, et aux danseurs, de juger par eux-mêmes de leur propre prestation... Ce qui, finalement, pouvait s'apparenter à de l'exhibitionnisme d'un côté, à du voyeurisme de l'autre...

Kaori Ito n'est pas une inconnue des scènes parisiennes. Nous l'avons rencontrée dernièrement comme interprète de Plexus d'Aurélien Bory sur la scène du théâtre des Abbesses. Née en 1979 au Japon, cette artiste s'initie à la danse classique dès l'âge de 5 ans. En 2000, elle part aux Etats-Unis pour y étudier les techniques de Martha Graham, José Limon et Merce Cunningham puis, quatre ans plus tard, celle d'Alvin Ailey. En France, on la retrouve comme interprète d'Iris de Philippe Découflé, des Quatre saisons de Preljocaj puis de Au revoir parapluie de James Thierrée. Sa première chorégraphie, Looking for Mister Castang, date de 2008. Suivront la même année Noctiluque, puis Out of context for Pina en 2010 avec Alain Platel, Island for no memories ainsi que Le cas Jekyll en 2011, et Plexus en collaboration avec Alain Bory en 2012. Un parcours déjà bien rempli qui ne peut malheureusement pas toujours être sans failles...

J.M. Gourreau

Asobi (jeux d'adulte) / Kaori Ito, Ballets C de la B, Théâtre National de Chaillot, du 21 au 23 mai 2014.

Kaori Ito / Asobi / Théâtre de Chaillot / Mai 2014

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