Kaori Ito / Embrase-moi / L'amour mis à nu

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Photos Gabriel Wong

Kaori Ito :

L’amour mis à nu 

 

"Embrase-moi" : voilà un titre aussi provocateur qu’aguichant et qui laisse bien présager de la suite des évènements... C’est en effet à un bien étrange et fascinant spectacle que Kaori Ito invite son public, un spectacle au sein duquel elle réveille nos plus secrets tabous. Le suspense débute d’ailleurs bien avant l’entrée en salle: en effet, les ouvreuses se mettent en devoir de séparer arbitrairement les spectateurs massés devant les portes en deux groupes similaires pour les conduire non dans la salle de spectacles mais dans deux petits studios adjacents dans lesquels ils sont priés d’entrer. Dans l’un d’eux se tient Kaori Ito, affable et guillerette, qui aide les spectateurs à s’installer - tout comme le ferait une maîtresse de maison vis-à-vis de ses invités - avant de s’asseoir, elle aussi, sur une chaise au milieu d’eux. Dans l’autre, Théo Touvet, son compagnon sur scène comme dans la vie, fait de même. L’un comme l’autre, chacun de son côté, commence alors à évoquer devant son public son passé amoureux, ses passions, ses relations sentimentales, ses émotions, ses échanges, ses expériences et son vécu sexuel, même le plus cru. Et ce, sans aucune gêne, sans fausse pudeur. Comme si leur public était leur confident. Avec un tel naturel que l’atmosphère se détend très vite et que le semblant de gêne, voire de malaise qui s’installait au début de la soirée s’estompe et se dissipe. A tel point que quelques spectateurs vont même - qui l’eut cru - jusqu’à engager respectivement la conversation avec chacun des artistes. « En vous parlant sans retenues de nos histoires sentimentales à travers nos premières expériences amoureuses, nous cherchons à nous dévoiler le plus possible, comme devant celui que l’on aime. Nous explorons également nos tabous, nos cicatrices et nos blessures et la rencontre charnelle de nos corps » nous dit Kaori. Rien de plus sincère et spontané d’ailleurs dans cet échange audacieux, mais il fallait oser l’engager…

La suite des évènements, qui aura lieu au sein même de la salle de spectacles lorsque les deux groupes de spectateurs, assis en cercle autour des protagonistes de l’œuvre se seront rejoints, n’aura pour objectif que de dévoiler la réalité, la fraîcheur et la sincérité des sentiments amoureux, et de faire naître le désir chez le spectateur. Une mise à nu de « l’anatomie amoureuse » avec ses élans de tendresse, ses émois, ses déceptions et ses ruptures, sa souffrance aussi, lesquels se poursuivent par la mise à nu des corps dans toute leur beauté, leur pureté, leur candeur, leur innocence, et ce avec une grande élégance, une délicatesse infinie et beaucoup de sincérité. Une rencontre charnelle parsemée d’étreintes et de disputes, parfois brutale, un corps-à-corps aussi fascinant que brûlant, au sein d’un cerceau métallique que les artistes vont s’approprier, épouser et dans lequel ils vont se couler. Une chorégraphie très sensuelle, intuitive, qui dévoile et met à nu avec une beaucoup de raffinement certaines des pensées les plus intimes et les plus profondes de l’âme humaine.

J.M. Gourreau

Embrase-moi / Kaori Ito & Théo Touvet, Maison des arts de Créteil, 14 février 2018.

Cette pièce est le second volet d’un triptyque dont le premier, Je danse parce que je me méfie des mots, est un duo avec son père sculpteur, et le troisième, Robot, l’amour éternel, un solo autour de la solitude et de la mort, qui a été créé en janvier dernier à la MAC de Créteil (voir à cette date dans ces mêmes colonnes).

 

 

Kaori Ito / Embrase-moi / Créteil / Février 2018

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