Karine Saporta / Erotisme, quand tu nous tiens...

  

Karine Saporta :

 

 

 

 

Erotisme, quand tu nous tiens…

  

Il est ancré au fond de nous, inexpugnable. Toujours présent, parfois obsédant. Il nous fait oublier, espérer. Il est drogue, provoque le fantasme, éveille en nous le désir. Et, partant, nous donne l’envie, la joie de vivre. Son nom ? Eros.

C’est en contemplant d’anciennes cartes postales d’« effeuilleuses » du début du siècle dernier que Karine Saporta eut l’idée de monter un spectacle sur ce thème. Entreprise difficile car il ne fallait pas tomber dans la vulgarité. Or, l’œuvre qu’elle a concoctée, à mi-chemin entre le théâtre et la danse, est tout sauf cela : poétique, chaleureuse, raffinée, sensuelle, conduisant à faire naître le désir, mettant en danse le plaisir. Tout est dans la finesse, la tendresse, le non dit.

Les projecteurs s’allument sur une femme noire, très belle, à demi vêtue, assise sur une chaise. Un corset blanc lui ceint la taille, une collerette blanche, le cou, des culottes bouffantes à la Henri IV, les fesses. Elle s’éveille, s’étire, darde ses jambes vers le ciel, les caresse, minaude comme un chat. Lorsqu’elle se lève, c’est pour émoustiller le spectateur : bisous à tout-va, clins d’œil coquins, déhanchements suggestifs, poses lascives, ondulations des hanches, tout cela dans une ambiance tamisée, celle de l’arène du « Dansoir » dont l’atmosphère chaude et feutrée aux tons rouge et or sied tellement bien à ce spectacle.

La montée en puissance ne va pas tarder. Tapie dans l’ombre, une autre danseuse va bientôt la rejoindre puis une seconde un peu plus tard, puis une troisième et, enfin, une quatrième. Mêmes attitudes, mêmes objectifs. Rien à voir cependant avec une revue, bien que l’une de ces fort belles artistes soit issue du Crazy Horse : si elles s’effeuillent progressivement sous les accents du Stabat Mater de Pergolèse entremêlés de gémissements de plaisir ou de textes érotiques de Pierre Louÿs et d’Anaïs Nin, c’est en dansant, une danse contemporaine tantôt lascive, tantôt saccadée, stroboscopée, obsessionnelle, violente même, très caractéristique du style de la chorégraphe. Bien évidemment, les colonnades du théâtre seront utilisées tant comme refuge que comme barre, bien évidemment, on retrouvera les codes et attitudes propres aux artistes du spectacle érotique mais arrangés à la sauce Saporta, avec ce petit brin de folie, voire de sadisme qui en fait tout leur charme. Ainsi un Monsieur Loyal, nain de son état, mènera t’il le bal ; ainsi pourra t’on assister à des simulacres de dressage au fouet ; ainsi aura t’on droit à une parodie animale pour masquer sa vraie personnalité... Pour finir, émergera de l’ombre un magnifique faune au torse d’athlète qui, lui aussi, se livrera à un strip-tease avec malice et concupiscence, acceptant sans condescendance les règles du jeu. 

Une fois encore Karine est sortie des sentiers battus, dévoilant une autre de ses facettes, certes que l’on pouvait prévoir mais qu’elle n’avait encore jamais livrée complètement, celle d’une femme féminine en diable, ranimant la flamme amoureuse des autres en se libérant de ses fantasmes.

J.M. Gourreau

Photos J.M. Gourreau 

 

La Maison Chéri-Chérie / K. Saporta, Le Dansoir, Parvis de la Bibliothèque Nationale de France, 26 Décembre 2009 – 28 Janvier 2010.

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