Kataline Patkaï / Billy / Vers une nouvelle forme de spectacle ? /

 

Como sali a buscar una estrellacon las dos manos occupadas / J. Sevari

Photo J.M. Gourreau

Kataline Patkaï :

 

Vers une nouvelle forme de spectacle ?

 

 

Peut-être est-ce son charisme qui a conduit Kataline Patkaï à un tel éclectisme, en tous cas l’idée de juxtaposer dans une même soirée de courtes pièces aussi dissemblables que Como sali a buscar una estrella con las dos manos ocupadas, Sisters, Billy et Once upon a time était peut-être surprenante mais, en tous cas, fort originale. Aucun lien n’unit en effet ni ces quatre pièces, ni leurs auteurs, si ce n’est leur connivence, leur amitié et, surtout, ce même besoin de s’exprimer dans ce contexte d’extrême précarité dans lequel se trouve l’art chorégraphique aujourd’hui. Toujours est-il que, si l’art de Terpsichore était effectivement très présent, avec Sisters notamment, il n’était qu’une des facettes de la soirée dans laquelle se côtoyaient et s’interpénétraient poésie, arts plastiques, musique, théâtre et danse.

Autre originalité de ce spectacle, la possibilité pour les spectateurs de se placer à leur guise où bon leur semblait dans la salle, sur la scène ou dans les fauteuils. Les frontières entre le public et les artistes étaient ainsi abolies, le rapport avec ces derniers devenant de ce fait sinon plus intense, du moins différent.

Como salir a buscar una estrella con las dos manos ocupadas de Jesus Sevari qui ouvre la soirée est une œuvre très étrange, totalement surréaliste, au cours de laquelle Jesus Sevari livre son corps à… une quarantaine d’escargots qui vont l’investir, le parcourir et l’explorer durant une bonne dizaine de minutes… Performance aussi étonnante que fascinante que n’aurait pas désavouée un Magritte ou un Dali !

Sisters, pièce pour six danseuses de Kataline Patkaï, inspirée par La vie tranquille de Marguerite Duras, est un petit joyau chorégraphique extrêmement touchant qui dévoile certaines facettes cachées de la Femme. Comme dans beaucoup de romans de cet écrivain, l’atmosphère est très sombre, les personnages aux relations complexes étant contraints à se livrer à des exactions qui, finalement, ne sont que le reflet de la société dans laquelle ils évoluent. Au travers de Sisters, Kataline Patkaï évoque le cheminement de différentes héroïnes durassiennes à tous les âges de la vie, depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse. Placés face à face comme dans un miroir ou, au contraire, confinés ensemble dans un espace d’une telle exiguïté que les sentiments les plus intimes puissent ressortir et s’exprimer, les corps, lascifs et dévêtus, se livrent à de lents ébats amoureux d’une sensualité extrême, se caressant voluptueusement sous les notes calmes et suaves du pianiste Pierre Courcelle, composées pour l’occasion par lui-même. Mais, très vite, ces corps s’affrontent et s’éclatent pour se réunir à nouveau et s’accoupler monstrueusement, en en faisant jaillir des êtres hybrides. Et ce, d’une manière d’autant plus forte que les sentiments, issus de la chair même, s’expriment avec une force peu commune. La violence est telle qu’elle en efface l’érotisme, pourtant bien présent. Or, si ces femmes peuvent sembler un peu fades, à bien y réfléchir, elles n’en sont pas moins manipulatrices, castratrices et fatales, souvent dépassées par les évènements mais dotées d’une force telle qu’elles conduisent involontairement à leur fin leur action destructrice. Au bout du compte, en totale cohérence avec leur âme, leur désirs, leurs engagements, leur vie.

 

J.M. Gourreau

 

Jésus, les sept apôtres et les quarante escargots  / Jesus Sevari,  Kataline Patkaï et Viviana Moin, Théâtre de Vanves, dans le cadre d’Artdanthé, Février 2010.

 

Ce spectacle a été créé en mai 2009 au Regard du Cygne à Paris, dans le cadre du « Cabaret des signes ».

 

 

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