Koen Augustijnen & Rosalba Torres Guerrero / Lamenta / La mort n’est qu’un simple passage vers l’éternité  

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Photos Héloïse Faure & Ph Raynaud de Lage

Koen Augustijnen & Rosalba Torres Guerrero :

La mort n’est qu’un simple passage vers l’éternité  

 

Mouvement d’humeur en guise de préambule: évolution vers... la régression : Voilà la troisième fois en l’espace d’un mois que mes pas me mènent vers une salle de spectacle à l’entrée de laquelle je ne trouve aucun programme, ni "feuille de chou" censée en tenir lieu, aux fins de m’éclairer un tantinet sur l’œuvre que je me suis proposé d’aller déguster. Renseignements pris, il m’est répondu sans autre forme de procès : « Monsieur, il faut que vous scanniez le QR code apposé ci-contre sur le guichet, vous trouverez alors tout sur votre Smartphone »… Comme par hasard, je n’avais pas pris mon téléphone portable pour me rendre au spectacle…  A quoi cela m’aurait-il servi d’ailleurs ? A déconcentrer mes voisins en cas de coup de fil intempestif, suite à un oubli de verrouillage de l’appareil?

Cela étant, on peut s’inquiéter de voir bientôt cette dérive pour le moins fâcheuse se pérenniser. Serait-ce une conséquence fâcheuse de la COVID ? En effet, se passer de l’un à l’autre un document contaminé par le virus pourrait peut-être… Quoique, non, c’est peu crédible… Pour aider à la protection de la nature en tentant de limiter la production de papier, en outre inutile aux illettrés alors ? Peu plausible là encore, car ce ne sont vraisemblablement pas eux qui remplissent les salles de spectacle. Alors, quelle en serait la vraie raison car ce n’est pas le prix d’un programme qui va grever le budget du spectateur? Aux fins de réaliser quelques économies dans le noble but d’offrir une meilleure rémunération aux artistes ? Là encore, utopique… Mais, peut-être, la tablette sera-t-elle bientôt dans toutes les poches… et le programme devenu inutile… Quand je pense à ces merveilleux programmes d’antan agrémentés chacun d’une lithographie originale signée du décorateur ou du costumier et qui valent désormais une fortune ! Quoiqu’il en soit, cette mesure me semble être allée totalement à l’encontre du but recherché car les spectateurs se sont rués sur les "livrets-programmes" de la saison mis à leur libre disposition, opuscules qui ne comportent pas moins de 164 pages… Bien joué ! Ce, pour tenter d’en savoir un peu plus sur la pièce qu’ils allaient - ou avaient été - voir. Les programmateurs auraient ils pour but de favoriser l’obscurantisme ?                                                                                                                                                           

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Koen augustijnen et rosalba torres guerrero jean louis fernandezRevenons-en maintenant à la dernière création de Koen Augustijnen intitulée Lamenta. Une œuvre fort curieuse qui, certes, porte bien son nom mais qui s’avère aussi particulièrement intéressante et que l’on pourrait qualifier d’ethnographique. Elle rapporte en effet les us et coutumes de certaines peuplades des montagnes reculées de l’Épire dans le Péloponnèse, péninsule grecque dans laquelle Rosa Torres Guerrero et Koen Augustijnen ont effectué un voyage d’études en compagnie des Ballets C de la B en 2017. Au cours de leur périple, ils ont découvert le Miroloï*, ensemble de chants ancestraux au rythme lancinant et plaintif accompagnés par le luth, le violon et la clarinette. Ces cantiques que l’on entonne lors de funérailles ou de fêtes de mariage (lequel aboutit en quelque sorte à une perte de sa famille), évoquent le drame du départ - abandon du pays natal, exil ou décès - et préparent à l’absence. Lamentations nostalgiques qui, parfois cependant, préludent à des fêtes au sein desquelles apparaissent les prémices d’une danse joyeuse destinée à surmonter la peine et la douleur. Pourquoi, dès lors, ne pas faire revivre cet héritage culturel par le truchement de ces danses qui extériorisent la tristesse, la colère, les frustrations, le deuil, avant de pouvoir à nouveau s’intégrer aux lumières et à la culture de la société actuelle? Proposition méritoire qui aboutit à un moment bouleversant, magistralement recréé sur le plateau par 9 danseurs contemporains grecs pénétrés par les rites ancestraux. Cérémonial qui va peu à peu amener les artistes à une sorte de transe au cours de laquelle une gestuelle contorsionnée primitive et puissante fait progressivement place à des mouvements harmonieux plus contemporains, inspirés de danses traditionnelles grecques. De fulgurants solos qui expriment tant le chagrin et la souffrance extrême que l’espoir étreignant leurs protagonistes, leur permettent de sublimer, au travers d’une écriture contemporaine, la préoccupation première des deux chorégraphes, à savoir celle de conjuguer aux états émotionnels du corps une époustouflante performance physique. 

J.M. Gourreau

Lamenta / Koen Augustijnen & Rosalba Torres Guerrero, Grande Halle de La Villette, 13 & 14 décembre 2021.

Spectacle créé le 7 juillet 2021 au Festival d’Avignon.

*Terme qui signifie "Discours sur le destin"

 

Koen Augustijnen & Rosalba Torres Guerrero / Lamenta / La Villette / Décembre 2

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