La petite danseuse de Degas / Patrice Bart / Une admirable reconstitution historique

 

Photo J. Benhamou

Patrice Bart :

 

Une admirable reconstitution historique

 

 

Rares sont de nos jours les chorégraphes encore capables de nous conter de belles histoires dans la plus pure tradition classique. Patrice Bart est de ceux-là, en témoigne sa Petite danseuse de Degas qui vient de prendre un nouvel essor sur la scène du Palais Garnier où elle avait vu le jour il y a un peu plus de 7 ans. Au travers de cette œuvre, ce chorégraphe, maître de Ballet à l’Opéra National de Paris, nous fait revivre un fragment de la vie du ballet à l’époque de Degas, certes un peu romancée mais ô combien réelle, Martine Kahane étant parvenue à retrouver les traces de Marie Van Goethem, élève de l’Ecole de danse qui, à 14 ans, servit de modèle au peintre avant de connaître la prostitution pour faire vivre sa famille et d’être renvoyée de l’Ecole de danse… L’œuvre s’avère donc d’un réel intérêt historique, d’autant qu’elle retrace non seulement les liens de Degas avec le monde de la danse à l’Opéra de la rue Le Peletier puis avec le palais Garnier mais aussi avec la vie à Paris dans les années 1870.

L’intérêt de la représentation qui m’a été donné de voir tenait aussi aux interprètes, en particulier à Elisabeth Maurin incarnant la mère de la petite danseuse avec une justesse et une expressivité remarquables. Qu’elle soit maternelle, protectrice ou éducatrice sévère, elle parvenait à faire sentir et partager ses sentiments à chaque instant avec une force peu commune. Son jeu, ses colères, ses réprimandes ne semblaient pas factices mais réels et vrais. Autre personnage d’exception, José Martinez qui incarnait l’abonné. Son attitude de félin, sa prestance, la perfection de son exécution, l’aisance de ses portés enthousiasmèrent le public.

La scénographie quant à elle s’avérait toujours d’un réalisme saisissant. L’austérité des décors laissait entendre que la vie à l’époque n’était pas toujours bien gaie, bien que fort animée… Là encore, la précision de chaque détail des scènes de rue - lavandières bavardant au bord du lavoir, gamins qui se disputent dans la rue, boucher se précipitant pour mettre son quartier de bœuf à l’abri, marchande des quatre saisons vantant sa marchandise, et rémouleur offrant ses services à tout va - forçait l’admiration. Et que dire des relations de ces jeunes danseuses avec leurs protecteurs ? Tout était lisible et restitué avec la plus parfaite exactitude dans le respect absolu de l’histoire, révélant la discipline et la tolérance qui régnaient à l’époque, donnant un aperçu tangible de la vie artistique à la fin du 19ème siècle. Une reconstitution historique à la hauteur des ambitions de leurs auteurs.

 

J.M. Gourreau

 

La petite danseuse de Degas / Patrice Bart, Palais Garnier, Juin-Juillet 2010.

Commentaires (1)

1. mimylasouris (site web) 21/08/2010

J'ai lu tant d'avis uniformément négatifs sur ce ballet qu'il est agréable d'en lire un qui rappelle en quoi il s'agit d'un véritable spectacle et souligne le parti pris narratif, plutôt courageux de nos jours. Une chose m'étonne cependant : vous parlez élogieusement d'Elisabeth Maurin et José Martinez (on n'en dira de toutes façons jamais assez de bien) mais ne dites mot du rôle principal, et ne nommez même pas son interprète. Vous aurait-elle déplu ?

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