Laurent Chétouane / Sacré Sacre du printemps / Les étrangers

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Photos J.M. Gourreau

Laurent Chétouane :

Les étrangers

 

Non, Laurent Chétouane ne s’est pas laissé aller à créer lui aussi sa propre chorégraphie du Sacre avec ses danses de fertilité et son rite païen, bien que la célèbre partition de Stravinsky soit en partie au cœur de l’œuvre. A l’inverse de M!M  qui s’avérait une étude sur les relations d’amitié, le chorégraphe met ici en scène le fruit d’une réflexion sur la condition des étrangers et sur le regard de leurs pairs quant à leur intégration au sein de notre société. Problème aussi crucial qu’actuel qui, en ne laissant pas l’étranger « exister dans son altérité », met ses bourreaux « dans la position de sacrificateurs ». Une œuvre par conséquent assez éloignée de l’argument originel du Sacre, qui ne s’avère finalement lisible que sur les fragments de la musique de Stravinsky que le chorégraphe a utilisés. En effet, la musique additionnelle de Leo Schmidthals, bien que dans l’esprit de la partition de Stravinsky, ne semble pas avoir réellement inspiré le chorégraphe qui ne s’en est servi que pour introduire son propos ou en illustrer les intermèdes. Ce n’est en effet que lors des premières minutes du Sacre que la danse devient vigoureuse, plus prégnante et plus structurée, chacun des sept danseurs se retrouvant tour à tour le souffre-douleur des autres : la haine qui apparait et qui se lit progressivement sur leurs visages accentue alors de manière patente la dramaturgie et le côté tragique de la pièce. Des couples se forment, confinant leurs congénères dans leur solitude, instants extrêmement touchants d’autant que certains d’entre eux vont peu à peu naître dans le silence, lequel ne sera déchiré que par la respiration des danseurs dans l’effort ou par la résonance de leurs pas sur le sol. Leur quête d’un territoire et des possibilités d’une vie stable au sein de notre communauté ne verra bien évidemment pas une issue heureuse, et leur existence se terminera dans la solitude ou le marasme.

Malgré tout son intérêt, ce propos fait malheureusement l’objet d’une mise en scène un peu brouillonne et d’une chorégraphie encore insuffisamment maîtrisée. Il faut dire que Laurent Chétouane est avant tout un homme de théâtre qui n’est venu que récemment à la danse, longtemps après avoir fait des études théâtrales à la Sorbonne. S’il a réalisé de nombreuses mises en scène - essentiellement en Allemagne - depuis 2000, ce n’est que six ans plus tard qu’il manifeste un intérêt réel pour l’art de Terpsichore. Il s’est produit à deux reprises aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis en 2009 et 2010, présentant respectivement Tanzstück#3 (Doppel/Solo/Ein Abend) et Tanzstück#4 (Leben Wollen, Zusammen).

J.M. Gourreau

Sacré Sacre du Printemps / Laurent Chétouane, Montreuil, 12 et 13 juin 2013, dans le cadre des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis.

Laurent Chétouane / Sacré Sacre du printemps / Montreuil / Juin 2013

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