Laurent Chétouanne / M!M et Solo with R / perspective(s) / Un monde de contrastes

M m credit oliver fantitschSolo with r copyright akiko miyakeM m 02 credit oliver fantitsch 1 

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                M!M - Photo O. Fantitsch                                                                                                                                                                                         M!M -  Photo O Fantitsch

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Laurent Chétouane:

Un monde de contrastes

 

Les chorégraphes réalisent souvent des œuvres beaucoup plus avenantes pour le public lorsqu'elles sont supportées par une musique que lorsqu'elles ne le sont pas. Tout simplement parce que la partition qu'ils utilisent est chargée de l'âme du compositeur, qu'ils répercutent, consciemment ou non, dans leur chorégraphie. Tel est le cas de Laurent Chétouane, un artiste français encore peu connu dans son pays natal puisqu'il a choisi l'Allemagne comme seconde patrie. Ce n'est pas pour autant qu'il ne se produit pas en France, en particulier en Avignon où il a créé "O" en juillet 2012. On a pu le revoir au Quartz de Brest en mars l'année dernière et à la Cartoucherie en juin dans le cadre des June Events, ainsi qu'en avril cette année à Poitiers avec M!M, l'une des pièces présentées aujourd'hui au Théâtre de la Bastille.

M!M est un duo pour deux danseurs évoquant l'amitié et la complicité qui naissent petit à petit de la rencontre entre les deux hommes, au fil du temps. Une pièce nourrie des "Politiques de l'amitié" du philosophe français Jacques Derrida, connu entre autres pour son étude des couples d'opposition tels que rationnel / irrationnel ou, encore, sens / non sens, raison / folie... Ce que l'on retrouve ici de façon sous-jacente sous la forme d’amitié / inimitié dans le couple que constitue le français Matthieu Burner et l’allemand Mikael Marklund. Une œuvre finalement très lyrique, élaborée pour le cinquantenaire de l’amitié franco-allemande, dans laquelle les sentiments qui transparaissent semblent exacerbés par le Concerto pour violon en ré majeur op. 61 de Beethoven qui sert de support à la pièce.

Après s’être observés dans un silence lourd et pesant, une tentative de rapprochement entre les deux danseurs au tempérament bien trempé avorte, laissant place à un inévitable conflit soutenu par le second mouvement du concerto de Beethoven. Mais la raison prenant le dessus, leur méfiance et leurs pensées conflictuelles s’estompent pour donner naissance à une connivence et une confiance réciproque qui va très rapidement se transformer en une amitié indéfectible, exaltée par les derniers accents du troisième mouvement de la partition du compositeur romantique allemand. Une œuvre à la gestuelle aérienne d’une très grande musicalité, peut-être un peu tarabiscotée, ce qui semble être l’apanage du chorégraphe. Mais elle coule toutefois avec beaucoup de naturel, de moelleux et de légèreté.

D’une toute autre facture le solo pour Roberta Mosca, Solo with R / perspective(s), une pièce abstraite très alambiquée, engendrée par la « passion » du chorégraphe et de son interprète pour les ‘‘lignes’’ dans l’espace. Un solo sans musique au cours duquel des contorsions spiralées, des mouvements sophistiqués plus ou moins heurtés et saccadés, y compris au sol, engagent le corps entier. Malheureusement, ils ne sont chargés d’aucun sentiment et dépourvus de toute âme. Une belle occupation de l’espace, certes, mais quelle en est précisément la perspective ?

J.M. Gourreau

M !M et Solo with R / perspective(s) / Laurent Chétouane, Théâtre de la Bastille, du 17 au 21 novembre 2014.

Laurent Chétouanne / M !M et Solo with R / perspective(s) / Théâtre de la Bastille / Novembre 2014

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