Le petit cheval bossu / Mariinski / Un merveilleux conte de fées

  

Ballet du Théâtre Mariinski de St Pétersbourg :

 

 

Un merveilleux conte de fées

 

 

L’avant-gardisme épuré qui souffle aujourd’hui sur les arts en occident ne parvient que difficilement à atteindre l’intelligentsia artistique russe. Malgré tous leurs efforts pour s’en emparer, les chorégraphes russes restent ancrés dans le classicisme, comme nous avons pu à nouveau le constater dans Le petit cheval bossu de Rodion Chtchedrine, version d’Alexeï Ratmanski, laquelle vient de nous être présentée sur la scène du Théâtre du Châtelet à Paris. Mais qui s’en plaindrait ? C’est en effet un art dans lequel ils excellent et que nous avons quasiment perdu, alors que c’est un vrai régal, tant pour les yeux que pour les oreilles !

Le modernisme dans lequel les artistes russes se targuent d’entrer ne comparait ici que dans la mise en scène et les décors qui, dans leur épure, renforcent la lisibilité de l’action et fixent l’attention sur la chorégraphie. Mais ils enlèvent aussi une part du mystère qui aurait pu auréoler l’œuvre, comme elle devait l’être dans les versions antérieures, notamment celle de Cesare Pugni et d’Arthur St Léon en 1864, puis celle de Marius Petipa en 1895. C’est peut-être le seul reproche que l’on puisse faire à ce magnifique ballet dont la chorégraphie et la mise en scène, très classiques, vous l’aurez compris, rendent parfaitement lisible l’action et ce, d’un bout à l’autre. La gestuelle en effet, très expressionniste et pleine d’humour, est parfaitement adaptée à un propos qui évoque des amours quelques instants contrariées par la puissance du pouvoir monarchique. Les tableaux, fort bien construits, sont aussi très imagés, admirablement bien amenés, sans équivoque. Par moments toutefois, l’action à la Buster Keaton peut sembler un peu trop niaise et forcée. Ainsi, le tsar apparaît-il comme un vieux bouffon de dessin animé, un tantinet colérique et dont la puérilité n’a d’égale que sa préciosité et sa bêtise. Manières d’être que sa petite stature – voulue – renforce et met en valeur. Mais aussi scènes un tantinet polissonnes qui révèlent toutefois que les artistes, eux aussi, aiment bien s’amuser !

Si l’action est servie par une musique ample et généreuse, aux rythmes éclatants, la chorégraphie endiablée et fort variée – on songe parfois à l’expressivité d’un Mats Ek – sert merveilleusement bien les interprètes, mettant en avant leurs formidables capacités techniques, lesquelles, d’ailleurs, forcent l’admiration. Manèges de grands jetés, doubles tours en l’air et sauts défiant les lois de la pesanteur sont exécutés avec une perfection ahurissante, qui plus est sans difficulté apparente. Quant aux ensembles, ils sont irréprochables : pas une jambe plus haute que l’autre, pas un bras qui ne soit aligné sur les autres. Le tout dans des décors géométriques à la Tuan qui mettent parfaitement en valeur les costumes hauts en couleurs de Maxim Isaïev. Des costumes qui peuvent s’avérer également fort surprenants, à l’image de ceux des naïades dont la tête se reflète comme dans un miroir, sur leur poitrine. Bref, des artistes qui n’ont pas usurpé leur réputation !

 

J.M. Gourreau

 

Photos N. Razina

Le petit cheval bossu /

Rodion Chtchedrine, chorégraphie d’Alexeï Ratmanski, Théâtre du Châtelet, Novembre 2010.

 

 

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