Le Sacre du printemps et Prélude à l’après-midi d’un faune / Marie Chouinard, Théâtre de la Ville, Paris, Mars-Avril 2008.

Marie Chouinard :

 

Au commencement était le souffle

 

Y a t’il un chorégraphe qui n’ait un jour été séduit par Le Sacre du printemps ? Il faut bien avouer que cette partition, par sa puissance et sa couleur, ne laisse personne indifférent. Comme bien d’autres chorégraphes, Marie Chouinard s’est laissée envoûter par cette musique pour monter « son » Sacre qui, s’il célèbre la naissance de la vie, n’évoque pas pour autant celle de l’Homme. Les « vieux » ballétomanes s’en souviendront peut-être : cette œuvre avait été présentée au Centre Pompidou à Paris en 1993, l’année qui suivit sa création canadienne. Et si, à l’époque, elle n’était pas passée inaperçue, il faut dire que le manque de hauteur au dessus du plateau l’avait fortement desservie. Elle a trouvé, 25 ans plus tard, au théâtre de la Ville, l’écrin qui lui convenait. C’est sur les Signatures sonores de Robert Racine que l’œuvre débute. Des créatures rampantes colonisent petit à petit une maigre prairie avec une souplesse de félin toute empreinte d’une grâce propre à l’espèce. Rencontres, luttes, accouplements, séparations : chacun est et demeurera isolé par un faisceau de lumière descendu des cintres. Apparaissent au fil du temps d’étranges créatures, aux membres prolongés par des arborescences, sortes d’hydres à bras multiples se transformant l’instant d’après en taureaux aux cornes démesurées… Si, bien sûr, ces appendices pouvaient évoquer les racines d’un végétal en croissance, elles avaient aussi pour origine une bien curieuse histoire que Marie Chouinard prit plaisir à me narrer : à l’époque où Stravinsky composa son Sacre, il dut effectuer un voyage en train vers un pays du Nord de l’Europe. Et se trouva à voyager dans le même wagon qu’un… taureau ! D’où l’idée, à la fin de l’œuvre, des cornes dardées vers l’avant sur le front des danseurs, ou en guise de sexe pour rappeler le Prélude à l’après-midi d’un faune, donné en première partie de ce fort beau spectacle, dont l’érotisme qui pouvait choquer dans les années 80, ne pourra aujourd’hui troubler que quelques vieilles bigotes effarouchées… 

 

                                                                                                                                                              J.M. Gourreau

 

Le Sacre du printemps et Prélude à l’après-midi d’un faune / Marie Chouinard, Théâtre de la Ville, Paris, Mars-Avril 2008.

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