Leïla Gaudin / Errance 1 / Foutage de gueule ou provoc ?

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Ph. J.M. Gourreau


Leïla Gaudin :

 

Foutage de gueule ou provoc ?

 

 

Leïla Gaudin a certes beaucoup de talent mais, surtout, un immense culot. Errance-1 est un spectacle sur le fil du rasoir qui se veut « explorer les chemins qui mènent à la marge ». Bon, voilà qui est dit ! Mais jusqu’où aller pour ne pas basculer de l’autre côté de l’abîme, pour ne pas tomber dans l’excès, pour donner à réfléchir ? La chorégraphe-interprète n’a malheureusement pas su s’arrêter à temps. Elle a franchi les limites du bon goût et de la bienséance, provoquant de la gène, voire une forte réaction de rejet chez certains spectateurs. L’idée, pourtant, était intéressante. Mais, en mettant en scène un ivrogne de façon trop crue au beau milieu du public, elle n’a pas su montrer quand et comment on tombe dans la déchéance et comment faire pour en ressortir, nous révélant seulement d’une manière brutale ce qu’est cette déchéance. Ce que certains d’entre nous ne connaissent malheureusement que trop, ce que l’on cherche délibérément à chasser de notre mémoire. Mais elle ne s’en est pas arrêtée là, éprouvant la nécessité de mettre de temps à autre les points sur les i, en considérant son public pour ce qu’il n’est pas, à savoir « demeuré »... Un exemple ? Alors qu’elle était juchée sur une table dans une simili-hébétude, elle baisse soudain son pantalon, montrant ses fesses. Et de s’exclamer : « lorsque c’est moi qui montre mes fesses, ça passe »…  Sous entendu, si c’était un honorable membre de l’assistance, cela déclencherait un scandale... Quelques minutes plus tard, elle se dirige vers les WC et en ressort en poussant une grande poubelle noire, tout en faisant remarquer qu’il s’agit bien là d’une poubelle… avant de s’y plonger la tête la première… Est-ce du lard, du cochon ou bien un poisson d’avril ? Peut-être cette mascarade cachait-elle une pensée hautement philosophique, comme pourraient le laisser croire les quelques phrases déclamées au cours de sa performance, réflexions entre autres sur les déchets, dont je n’aurais pas saisi toute la portée ? Mais le programme n’est-il pas précisément là pour nous éclairer? Or ce dernier ne mentionne rien qui puisse mettre le spectateur sur la voie. Les chemins de l’art sont souvent impénétrables et ne prennent parfois tout leur sens que longtemps plus tard…

Côté public, il y a deux manières d’aborder et de vivre un spectacle qui, comme celui-ci, dérange : la première est de fermer les yeux, de faire le vide dans son esprit et de penser à autre chose ; la seconde est de le prendre sur le ton de la rigolade, en se persuadant qu’il ne s’agit finalement que d’une grosse farce. Tout compte fait, l’intérêt majeur de cette oeuvre, qui se déroulait non dans le théâtre mais dans le hall–café qui le jouxtait, résida dans l’observation des spectateurs, particulièrement de ceux sis à proximité de l’artiste, donc plus directement impliqués : sur leurs visages pouvaient se lire des sentiments aussi divers que l’inquiétude, l’amusement, la fausse indifférence et, même, la peur… A quand la suite (et la fin) de cette pièce, comme son titre  nous le laisse entrevoir ?

J.M. Gourreau

 

Errance 1 / Leïla Gaudin, Mains d’œuvres, St Ouen, 12 avril 2012

 

 

 

 

Leïla Gaudin / Errance 1 / Foutage de gueule ou provoc ?/ Mains d'oeuvres / Avril 2012

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