Les Turbulents / T. Micouin / M. Fournier - J. Chéreau

Les Turbulents :

 

 Photos J.M. Gourreau

Thierry Micouin :

 

 

C’était pourtant une bonne idée que celle de prendre comme thème d’un ballet la prostitution masculine, plus précisément l’escorting. Mais voilà, le sujet ne se prêtait peut-être pas suffisamment à la danse pour que Thierry Micouin puisse l’utiliser comme tel. Et ce n’est finalement qu’à une installation théâtrale qu’il nous a été donné d’assister… Pas inintéressante assurément car, pour nombre d’entre nous, cela permit de prendre conscience de cet état de fait, courant semble t’il dans les bas quartiers de New York. Mais de danse, point ! Je sais bien que les frontières entre l’art de Terpsichore et celui de Calliope sont bien  ténues mais Thierry choisit simplement de nous exposer les faits sans autre forme de procès. Certes, pour y les avoir consciencieusement explorés, il les jugea dignes d’être vécus simplement à titre d’expérience mais il ne nous apporta aucun jugement de valeur si ce n’est peut-être cet instant où il se brossa vigoureusement le corps de haut en bas comme pour se débarrasser d’une empreinte qui pouvait l’avoir souillé. Aucun parallèle toutefois avec les célèbres Brésiliennes de notre Bois de Boulogne !

Tandis que le public s’installait confortablement dans son fauteuil,  le chorégraphe dans un avant-propos se présentait dans la pénombre en tenue d’Adam dans de longues ablutions. Le spectacle débutait réellement par quelques vidéos de New York, juste pour mettre le spectateur dans l’ambiance. Introduction un peu trop longue également. Puis il passait aux choses sérieuses, prenant des poses lascives et appuyées on ne peut moins équivoques, après toutefois s’être rhabillé ! Les moments les plus intéressants étaient peut-être ceux évoquant la vie new-yorkaise, finalement aussi turbulente que la vie parisienne. Un récit malheureusement linéaire et plat qu’il aurait pu et dû mieux mettre en valeur…

 

Madeleine Fournier et Jonas Chéreau :

 

Autre temps, autre style avec ces deux jeunes chorégraphes qui, cette fois, ont emmené leur public au Moyen-Âge, dans une époque où, finalement, on ne devait pas rire bien souvent non plus ! Sérieux comme des papes dans leurs vêtements de bure, jusqu’au moment où ils prirent le parti de se défroquer et de faire voyager leur public dans un monde grotesque peuplé de loup-garous, ogres et autres charmantes bestioles du même acabit. Il est vrai qu’à cette époque les forêts profondes étaient peuplées d’elfes, de fées et de lutins mais aussi de diables et de mangeurs d’enfants... Toujours est-il que leur épique combat dansé, fort original et d’une drôlerie irrésistible, dérida la salle, lui faisant d’un coup de baguette magique oublier la gravité du propos précédent. Si, si, les interprètes ont vraiment été à la hauteur !

 

J.M. Gourreau

 

Men at work, go slow ! / Thierry Micouin et Les interprètes ne sont pas à la hauteur / Madeleine Fournier et Jonas Chéreau, L’Etoile du Nord, Janvier 2011.

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