Leslie Mannès / Atomic 3001 / Vers la robotisation de l'Homme

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Leslie Mannès :

Vers la robotisation de l’Homme

 

Etonnant présage que la performance de cette artiste qui ne laisse rien augurer de bon pour l’avenir de l’espèce humaine, soumise à une mécanisation de plus en plus prégnante, de plus en plus poussée, qui la conduit peu à peu à annihiler ses pensées, sa réflexion, sa volonté, à se laisser mener par la machine, à devenir elle-même asservie par celle-ci, comme le serait un esclave, voire un jouet. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’être que nous avons en effet devant les yeux n’a plus rien d’humain, ni même d’animal. Il semble tout entier envoûté par le son qui l’auréole, possédé par quelque démon insidieux et se trouve dans l’incapacité de réagir, de s’extirper de l’engrenage dans lequel il s’est lui-même - sans s’en rendre compte - engoncé.

A peine sommes-nous confortablement calés dans notre fauteuil que nous voilà saisis par les notes sournoises et lancinantes d’une musique répétitive, à peine audibles au début, les feux de la rampe ne s’étant pas encore éteints. Alors que la lumière s’estompe, celles-ci deviennent plus insidieuses, enveloppantes, de plus en plus puissantes, conquérant petit à petit l’espace tout entier. Sur scène apparait alors une femme, tout de rouge vêtue, qui, dès son entrée, semble possédée par cette musique techno convulsive et envoûtante qui lui saisit d’abord les bras, leur imprimant une sorte de décharge à chacune de ses impulsions, avant de gagner les hanches et le bassin, leur conférant un mouvement de va-et-vient et de rotation alternés. Un rythme effréné et obsédant, entrecoupé cependant de cassures mais qui l’amène à la transe et à la folie dont elle ne sortira qu’à l’arrêt de cette musique, épuisée. On ne peut s’empêcher de penser à l’Apprenti sorcier de Walt Disney sur la musique de Paul Dukas, narrant l’aventure de Mickey Mouse travesti en jeune sorcier, encore incapable de maîtriser les forces maléfiques qu’il a lui-même provoquées. Ou, encore, à ces machines qui s’emballent et dont on devient le jouet, dans l’incapacité que l’on est de les maîtriser.

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Photos J.M. Gourreau

La chorégraphe et interprète d’Atomic 3001, Leslie Mannès, n’est pas inconnue du public français. Si elle vit et exerce son art majoritairement à Bruxelles, on a pu la voir comme interprète depuis 2006 dans diverses pièces de la compagnie Mossoux-Bonté. Elle a également travaillé avec la chorégraphe brésilienne Ayelen Parolin et, dernièrement, avec Maxence Rey, notamment dans l’interprétation de Sous ma peau. En 2012, elle a aussi joué le rôle de Deborah dans le film Fatcat de Nicolas Deschuyteneer et Patricia Gelise, long métrage  évoquant l’urbanisme bruxellois qui dévaste cette ville depuis des décennies par les logiques répétitives et incohérentes du « tout raser pour tout remplacer ». Ses premiers travaux chorégraphiques voient le jour en 2005, mais ce n’est qu’en 2012 qu’elle crée, avec Louise Baduel, sa compagnie, « System Failure ». Ses recherches, à mi-chemin entre le théâtre et la danse, mettent en avant des moyens futuristes permettant d’anticiper la vision du monde qui nous entoure et de de regarder autrement. Le premier spectacle de la compagnie, précisément dénommé System failure, est créé en 2013 aux « Brigittines » à Bruxelles. Cette œuvre, qui explore la thématique du contrôle de l’automatisation en naviguant avec humour dans la science-fiction, a été présentée en Avignon au théâtre des Doms en 2015. C’est également cette année-là que ces deux chorégraphes créent leur second spectacle, Human decision, qui spécule par l’absurde sur un futur où les nouvelles technologies pourraient modifier fondamentalement la nature humaine, son corps, ses émotions, sa communication. Atomic 3001, en collaboration avec le compositeur Thomas Turine et l’éclairagiste Vincent Lemaître, toujours dans la même logique de création, voit le jour en mars 2016 au festival In movement des « Brigittines ». Ce spectacle nous est aujourd’hui présenté dans le cadre du festival Incandescences, en partenariat avec les Journées Danse Dense ainsi que dans celui des rendez-vous "On y danse 2018".

J.M. Gourreau

Atomic 3001 / Leslie Mannès, Centre Culturel Wallonie-Bruxelles, 3 & 4 avril 2018.

 

 

Leslie Mannès / Atomic 3001 / Centre culturel Wallonie-Bruxelles / Avril 2018

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