Lia Rodrigues / Pindorama / Struggle for life

Photos S. Landweer

Lia Rodrigues :

Struggle for life...

 

Nous ne sommes pas dans la rue mais nous pourrions y être. Pas de fauteuil ni de siège pour s'asseoir, les spectateurs étant invités à se placer où ils veulent, assis ou debout, au sein d'un espace qui sera bientôt partagé par les danseurs. Pas de projecteurs non plus mais des lumières tout à fait ordinaires, dont l'intensité, toutefois, peut varier. Ainsi l'a à nouveau souhaité Lia Rodrigues, afin de pouvoir produire ses pièces partout, en particulier dans sa favela de Maré, au Brésil, "dans laquelle il n'y a rien, pas de lumières, pas de décors. (...) Je veux faire des spectacles qui puissent aller facilement vers les gens. Des pièces nomades pour corps collectifs..." nous dit-elle dans le programme.

 Or, voilà à nouveau une œuvre d'une très grande force expressive qui fait honneur à son auteur. Troisième volet d'un triptyque entamé en 2003 avec Pororoca, Pindorama, créé il y a quelques jours au Théâtre Jean Vilar de Vitry qui l'accueille depuis plusieurs années, évoque à nouveau quelques aspects physiques et socio-économiques de son pays, le Brésil. Le premier volet de ce triptyque, Pororoca, s'inspirait de cette incroyable onde de choc, vague de mascaret dévastatrice qui se produit au confluent de l'Amazone et de la rivière Aguari, au Nord du Brésil, durant l'équinoxe de printemps. Le second volet créé en 2011, Piracema, est également une œuvre pour onze danseurs dont le titre, dans la langue des indiens Tupi, désigne les vagues qui, issues de l'océan, remontent l'Amazone à contre-courant. Cette pièce évoquait, au travers des corps qui roulaient, ballotés et culbutés en continu par les vagues déferlantes, les vicissitudes de la vie de ses danseurs. Pindorama, ancien nom de São Paulo qui signifie en tupi "terre de palmiers" et, par extension, le Brésil avant sa colonisation par les Portugais, est encore une composition pour onze danseurs qui, en se servant à nouveau du thème du déchaînement des éléments naturels, aborde celui de la nécessité d'agir ensemble pour les combattre afin d'assurer sa survie.

Au début du spectacle, les interpètes  tendent une immense bâche de nylon transparente au centre de l'espace autour duquel se sont disposés les spectateurs. Les danseurs sont quatre à chaque extrémité à communiquer à cette toile des impulsions, faibles au début puis, progressivement, plus fortes, alors que la lumière adopte le teint blafard d'un paysage lunaire. C'est alors que l'on entrevoit une jeune fille totalement nue qui s'aventure sur la toile agitée, laquelle donne l'impression d'une mer aux vagues de plus en plus tumultueuses qui vont bientôt engloutir la jeune égarée dans les flots. Celle-ci sera ballotée, brinqueballée, secouée en tous sens, comme prise au milieu d'un tsunami. L'effet est d'autant plus saisissant que la protagoniste, finalement, sera comme rejetée sur le rivage, abandonnée dans sa solitude dans la plus parfaite indifférence. A l'instar des miséreux et des parias de la société.

La scène suivante reprend la même mise en scène mais, cette fois, ce sont plusieurs danseurs qui seront pris à parti par les flots tumultueux et grondants du fleuve. Et qui ne s'en sortiront qu'ensemble, dans un émouvant mouvement de solidarité. La dernière scène quant à elle reste un peu énigmatique, les interprètes faisant éclater plusieurs centaines de sacs plastique transparents d'un bon demi litre - des méduses ? - préalablement disposés aléatoirement au beau milieu des spectateurs, avant de se regrouper en rampant à leurs pieds comme une masse grouillante qui se dirigera petit à petit vers la coulisse... Etrange et mystérieux mais fascinant !

J.M. Gourreau

Pindorama / Lia Rodrigues, Théâtre Jean Vilar de Vitry du 15 au 17 novembre, Théâtre de la Cité Internationale, du 21 au 26 novembre, Le Centquatre à Paris du 28 au 30 novembre et Théâtre des Louvrais à Pontoise, le 3 décembre 2013.

Lia Rodrigues / Pindorama / Théâtre de la cité internationale / Novembre 2013

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