Lia Rodrigues / Pororoca / Vitry / Théâtre de la Ville, Paris

Lia Rodrigues  - Photos J.M. Gourreau 

 

Lia Rodrigues :

 

 

 

 

Un instant de vie dans la favela

 

 

Cela fait maintenant six ans que la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues présente ses pièces en France. Six ans que nous partageons ses coups de gueule, que nous apprécions son militantisme on ne peut plus sincère en faveur des déshérités, que nous vivons son besoin de dénoncer la pauvreté et la misère. Et, aussi, sa lutte pour promouvoir la danse contemporaine au Brésil. C’est cette lutte avec ses danseurs, ces liens qu’elle a petit à petit tissés avec eux dans un climat de confiance et de partage, cet intense labeur quotidien au sein de la favela qu’elle a choisi de nous faire découvrir. Pororoca évoque en effet la nécessité d’« être ensemble dans un même espace. De construire des moments de rencontre, de fuite, de solitude ». Et, surtout, d’espoir.

Tout comme ses précédentes pièces, Pororoca est empreinte d’une très grande générosité mais, aussi, d’une violence contenue parfaitement maîtrisée. C’est en effet d’abord cette insoutenable sensation de violence et de pauvreté qui nous étreint à la vision de l’œuvre, nous rappelant qu’au Brésil, la mort rôde partout et que la vie ne tient qu’à un fil. Et pourtant, la vie est plus forte que la mort ; elle ne s’arrête quasiment jamais, en témoignent le grouillement des corps entremêlés dans un cercle - symbole sans doute de la solidarité -, ces empoignades brutales  tout au long de la pièce, comme un leitmotiv. Et ces scènes où l’amour est plus bestial qu’humain, par la force des choses… Combien alors sont savoureux et reposants les quelques trop brefs instants d’accalmie et de silence qui la parsèment ! Combien sont émouvantes ces scènes de la découverte de  l’Autre, du partage des oranges dégustées avec un réel plaisir… Et que dire de ce final où les danseurs, brutalement, se tournent dans un élan subit vers le public, le regard interrogateur, avec une grande insistance : « Voyez ce que nous vivons, nous, là bas, pendant que vous vaquez tranquillement à vos occupations dans la plus parfaite sérénité » ?

Si Lia Rodrigues met à nouveau en scène le chaos, c’est qu’elle veut nous faire comprendre que l’ordre naît précisément du chaos et qu’il faut toujours chercher une façon de s’en sortir, quoiqu’il arrive. C’est ainsi que 2009 voit enfin l’aboutissement de son travail social et pédagogique en réseau dans la favela de Maré, à Rio de Janeiro, avec la réhabilitation d’un hangar pour bâtir un Centre de formation, de création et de diffusion des arts. « Chacun, dit-elle, y trouvera sa place, avec ses similitudes, ses différences, les uns vers les autres, les uns avec les autres… Ce qui nous unit et nous divise, les singularités et les pluriels ». Et de conclure : « Je continue parce que je suis toujours en chantier moi-même. Faire de l’art au Brésil aujourd’hui, c’est être continuellement en chantier ». Ainsi va la vie.

 

J.M. Gourreau

 

Pororoca / Lia Rodrigues, Angers, 17 et 18 Novembre ; Vitry, 21 et 22 Novembre ; Paris, Théâtre des Abbesses, 25 au 28 Novembre 2009.

Site Vitry : www.theatrejeanvilar.com

Blog créé à l'occasion d'un voyage des habitants de Vitry à Rio de Janeiro : http://blog.theatrejeanvilar.com

 

Commentaires (1)

1. Jean (site web) 11/12/2009

J'ai eu la chance d'aller voir la pièce. Continue Lia, tu as su faire vibrer quelque chose en moi...

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