Lisbeth Gruwez / Dances Bob Dylan / Une générosité sans bornes

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Photos Luc Depreteire

 

Lisbeth Gruwez :

Une générosité sans bornes
 

 

Rien ne prédisposait Lisbeth Gruwez à danser sur des musiques de Bob Dylan. Car cette danseuse et chorégraphe flamande dont la chaleur et le charisme enflamment le moindre de ses gestes, s’était jusque là illustrée dans un répertoire totalement différent. En fait, elle doit cette initiative à son compagnon et complice, le musicien et compositeur Maarten Van Cauwenberghe, lequel, durant des années, a passé en boucle la musique et les chansons cette icône de la contre-culture, lors des échauffements des danseurs de sa compagnie, "Voetvolk". C’est donc ensemble qu’ils ont choisi huit chansons des années 60 pour faire revivre l’image de ce poète des années hippies qu’elle a appris bien malgré elle à aimer.

Huit soli émouvants par leur simplicité, leur spontanéité, leur fluidité et le dépouillement de leur mise en scène, la danseuse, de blanc vêtue, évoluant très simplement mais avec une légèreté incommensurable sur le miroir d’un tapis de sol noir profond qui reflétait son image. Huit danses d’une grande spontanéité, totalement calquées sur les mélodies de Bob Dylan, traduisant leur essence et l’engagement dont elles étaient empreintes : tantôt la joie qui en émanait, (One more cup of coffee ; it’s allright Ma), tantôt la tristesse dont elles étaient imprégnées (The ballad of Hollis Brown ; Knockin’ on heaven’s door). C’est sans doute Sad-eyed lady of the lowlands à la mélodie répétitive et lancinante qui inspira à la chorégraphe-interprète son plus poignant solo, hymne à Sara Lownds avec laquelle Dylan allait se marier. C’est l’image d’une femme qui semble à la fois résister à l'auteur et s'abandonner à lui. Un long poème qui s’avère une déclaration d'amour, une danse viscérale empreinte de sincérité et de mélancolie, telle qu'on la retrouve dans les œuvres classiques du romantisme.

Lisbeth Gruwez n’est pas une inconnue du public français. Cette émule de Jan Fabre se fit connaître au Festival d’Avignon en créant notamment en 2001 l'une de ses pièces les plus fascinantes, Je suis sang. Dances Bob Dylan fut présentée pour la première fois sur une scène parisienne lors des Rencontres Chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis les 9 et 10 juin 2015. Peu de temps auparavant, très exactement en mars 2015, Lisbeth interprétait sur cette même scène du théâtre de la Bastille sa dernière pièce, It's going to get worse and worse and worse, my friend (voir ma critique dans ces mêmes colonnes). Elle s'y révélait déjà, comme une artiste spontanée, d’un charisme et d’une générosité sans bornes, dont l’aisance et la fluidité de la gestuelle s'avéraient remarquables. Ce qui se confirme aujourd'hui : n’invita t’elle pas, à l’issue de ce dernier spectacle, son public - lequel ne se le fit pas dire deux fois - à partager une dernière danse sur la scène avec elle ?

J.M. Gourreau

Dances Bob Dylan / Lisbeth Gruwez & Maarten Van Cauwenberghe, Théâtre de la Bastille, du 28 novembre au 3 décembre 2016.

 

Lisbeth Gruwez / Dances Bob Dylan / Théâtre de la Bastille / Novembre 2016

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