Louise Lecavalier / So blue / Catharsis


Lecavalier
LecavalierLecavalier

Photo J.M. Gourreau

Louise Lecavalier :

Catharsis

 

Elle semble danser sur des charbons ardents. Une danse vive, électrisante, barbare, imprimée par les rythmes sauvages de la musique techno-soufiste du musicien canadien d'origine turque Mercan Dede, lesquels ruissellent sur elle, l'envoûtent, la possèdent. Une transe d'une violence intérieure indicible qui la saisit à bras le corps, l'entraîne, la contraint à ne jamais s'arrêter, à dépasser ses limites. Une transe qui vous angoisse et vous serre la gorge mais qui vous emporte en même temps. Il faut dire que sa gestuelle est galvanisante. Le babil de ses pieds est si stupéfiant qu'elle semble avoir été envoûtée par quelque sortilège la contraignant, tout comme Giselle, à danser jusqu'à la mort. Dans cet univers bleu électrique qui, pour elle, représente l'âme, Louise Lecavalier n'a en effet rien perdu de cette fabuleuse énergie et de cette fluidité qui avaient fait sa réputation durant les 18 ans où elle se produisait avec Edouard Lock et la compagnie "La La La Human Steps". Elle était devenue une véritable légende, boostée par le génie de son compagnon. Son exubérance exprimait alors la jeunesse, la vie, la joie.

Curieusement, si dans cette chorégraphie - sa première - elle a conservé aujourd'hui cette exubérance, cette fabuleuse vitesse et cette spontanéité, apanages de sa réputation d'autrefois, celles-ci n'ont plus aujourd'hui le même impact et, le premier moment de surprise passé, elles nous laissent un peu sur notre faim. Peut-être parce que sa danse, pure traduction de la musique, s'avère dénuée de tout sentiment. Ce n'est en effet que dans la seconde partie de la soirée, lorsque la danseuse se confronte à son partenaire Frédéric Tavernini, qu'une certaine chaleur, une certaine humanité s'emparent à nouveau de son être et que des sentiments perceptibles par le public font à nouveau leur apparition. La gestuelle devient alors plus ample, perdant sa rapidité : une certaine générosité et une humanité non feinte se lisent dès lors sur son visage. Tous deux forment un couple très attachant, même si une certaine nervosité la trahit encore. Son corps a abandonné défi et performance pour devenir passion et volupté.

J.M. Gourreau

So Blue / Louise Lecavalier, Le Cent Quatre, Paris, dans le cadre de "Séquence danse", avec le Théâtre de la ville. Du 26 février au 6 mars 2014.

Louise Lecavalier / So blue / Cent Quatre / Février 2014

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau