Luc Petton et Marilén Iglesias-Breuker / Swan / La danse des cygnes

 

Luc Petton et Marilén Iglesias-Breuker :

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Photos Luc Petton

 

 

 

La danse des cygnes

 

Cela fait bien longtemps que Luc Petton se passionne pour la gent ailée. Et qu’il cherche à introduire quelques uns de ses représentants dans ses spectacles, que ce soient des corneilles ou bien, comme dans la Confidence des oiseaux, des étourneaux, un geai, une pie… Le chorégraphe se défend de les apprivoiser, de les transformer en animaux de cirque. Certes, ils sont libres, mais il les mène tout de même du bout du bec par l’appât d’une friandise, tout comme l’otarie qui a compris que si elle veut son poisson, il faudra qu’elle le gagne du bout de son museau ou, comme le lion qui, s’il veut un beefsteak supplémentaire, devra vaincre sa peur en passant au travers du cercle de feu… Ils ne sont certes pas obligés de le faire car, l’un comme l’autre sont suffisamment nourris en dehors des spectacles pour survivre et, même, vivre mieux que certains de leurs congénères. Mais il en va de la gourmandise chez l’Homme comme chez les animaux… Rien n’est gratuit, c’est donnant – donnant !

L’intelligence animale n’est cependant pas la même dans toutes les espèces, certains animaux comme les corvidés étant plus « évolués » que d’autres, le cygne notamment. Mais celui-ci est majestueux ; il possède un petit air de noblesse et un calme qui fascinent, qui engendrent de la sympathie. Très présent dans la mythologie, cet oiseau monogame est aussi le symbole de l’amour et de la fidélité. Pas étonnant donc que Luc Petton ait pensé à s’en faire un partenaire. Idée certes intéressante mais point trop n’en faut, comme dit le proverbe, d’autant que les quelques passages chorégraphiés pour les six danseuses seules - bien évidemment inspirés par les déplacements et attitudes de nos amis ailés - s’avèrent d’une très grande force et d’une réelle beauté.

Les premières images de Swan sont saisissantes : dans un bassin d’eau transparent qui traverse le fond de la scène de cour à jardin, un passeur semble pousser de sa houlette une sirène qui nage sur le dos lentement, sereinement, en soulevant par instants un petit nuage de sable qui laisse une traînée opaque derrière lui. Côté cour, une grande vasque comme taillée dans du cristal abrite les ébats d’une danseuse-nageuse et d’un cygne noir, ce dernier semblant lui faire plein de bisous partout… Aussi irréel que fascinant. Malheureusement, hors de l’eau, le cygne perd sa noblesse et revêt plutôt l’allure d’un vilain petit canard dont la gaucherie peut parfois prêter à rire. La suite de l’œuvre fait appel à cinq cygnes blancs dont les évolutions sont guidées par la quête de nourriture habilement dispensée par les danseuses. Il eut au contraire été préférable de développer davantage les variations géométriques très structurées émanant du mouvement de ces oiseaux mais ne les mettant pas en scène, révélant deux chorégraphes d’une grande sensibilité, maîtrisant parfaitement leur art et, surtout, la scénographie, d’une épure seyant parfaitement à une telle œuvre. Il n’en reste pas moins un spectacle envoûtant et inhabituel, aux confins du cirque et de la danse.

J.M.Gourreau

 

Swan / Luc Petton et Marilén Iglesias-Breuker, Théâtre de Chaillot, du 6 au 14 juin 2012.

Luc Petton et Marilén Iglesias-Breuker / Swan / Théâtre de Chaillot / Juin 2012

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